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Le Singe Vert - Page 32

  • Chez Eddy Bellegueule

    "Laura

    "Devenir un garçon passait nécessairement par les filles." L'auteur ici passe au stade supérieur de l'analyse : tout un chacun subit ce rabotage, social, inévitable, ignoble, auquel nous sommes tous soumis à des degrés divers : concilier ce que nous sommes avec ce que voudraient les autres. Et nous le faisons subir aussi nous-mêmes. Cependant, ne noyons pas le poisson : ici, comme pour les fous, pour les ballettomanes, la persécution et le regard de travers sont particulièrement virulents, sont allés jusqu'aux coups. "J'avais rencontré Laura cette même année où les deux garçons avaient quitté le collège. Elle venait d'emménager dans une famille d'accueil d'un village voisin. Sa mère avait décidé d'abandonner la garde. Je ne sais pas s'il y avait une raison particulière, peut-être était-elle, comme ma mère, fatiguée d'être mère." Observez bien cela, ô bien-pensants qui voudraient réinculquer les bonnes et vraies valeurs dans notre société pourrie, n'est-ce pas : vous qui blâmez cette invasion de l'individualisme au détriment du collectif et de la cohésion sociale, aaaaaamen.

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    Je défendrai toujours l'individu, le déviant, le pas comme tout le monde. D'ailleurs personne n'est "comme tout le monde". Tout le monde en crève de vouloir "faire comme tout le monde". Oui, nous nous soucions des aûûûûûtres, mais laissez-nous le faire à notre manière à nous. Alors, cette fille ? "Peut-être même qu'elle était allée jusqu'au bout de sa lassitude. Laura me disait simplement Elle veut pus de moi ma mère, j'aimerais bien vivre avec mais elle veut plus.

    Laura avait une mauvaise réputation au collège. Elle était de ces filles de la ville - puisqu'elle y avait d'abord grandi avec sa mère - qui en surgissant dans le village provoquaient des réactions hostiles en raison de leur façon de parler, de leur mode de vie, de leur façon de s'habiller, provocante pour les habitants de la campagne. Les femmes qui attendaient devant l'école : Une gamine, ça ne devrait pas s'habiller comme ça aussi jeune, c'est pas respectueux, les enfants : Laure c'est une pute. Le rejet dont elle était l'objet me la rendait plus accessible. Je l'avais choisie pour parvenir à ma métamorphose.

    "Je me suis rapproché d'elle d'abord par l'intermédiaire de l'une de ses plus proches amies, qui vivait près de chez moi." Oui, choisissez vos "autres", seulement si vous en avez l'envie ou le besoin. N'allez pas vers n'importe quel autre par culpabilité, parce qu'un imbécile vous aura fait la morale. Vous n'avez pas envie de fréquenter un Arabe, un juif, une Bretonne, un maçon, une écuyère, ne le faites pas. Mais alors, par pitié (nous ne débordons pas le sujet tant que vous le croyez, car ce livre est une somme de toutes les intolérances), si vous ne connaissez pas les juifs, les Auvergnats, les agricultrices, fermez-la, dites simplement "je ne les connais pas", sans rajouter non plus "et je n'ai pas envie de les connaître" ce qui gâcherait tout, simplement : fermez vos gueules.

  • Deuxième dévoiement

    	Le but du jeu est d'établir un savant basculement, de la Vie à la Mort (la mort au masculin
    comme il se doit,
    der Tod), tristesse et joie, ascétisme et jouissance. Or passant quelque jour
    par l'immense cimetière de Limoges, j'y fus frappé par une épitaphe poignante, sur plaque de
    lave émaillée :
    "A mon mari - A son œuvre" accompagné d'un autoportrait du défunt, à l'encre, assez bon, sans plus. D'autres portraits du
    même ornaient trois dalles voisines, comme si les amis du défunt avaient poussé l'obligeance
    jusqu'à se faire inhumer dans la même section. Mon dos fut alors secoué d'un frisson. Je fus
    secondement frappé, mais plus subsidiairement, par la carte postale représentant "l'Hôtel de
    Ville à Limoges", "construit à l'imitation de celui de Paris" ; ce qui serait risible, si je n'avais
    pas assisté à un spectacle théâtral extraordinaire, où toute une troupe avait ressuscité le sombre
    cabaret du Dernier des Hommes à St-Cyr-sur-Morin, la Zone crapuleuse des années 25, avec une
    bonne volonté nostalgique indécrottablement pathétique. Venu à Limoges pour me dépayser
    (à chacun son budget), je retrouvais le dépaysement au sein même du dépaysement. Eux non
    plus n'aimaient ni leur ville ni leur époque.

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    Me revenait troisièmement ce tic frelaté  de vouloir passer pour ce que je ne suis pas, Polonais
    à Budapest, à Carthagène d'Espagne Israélien. J'avais là des Limougeauds et Geaudes
    exprimant leur pépie d'un Paris déjà mort impossible à ressusciter, celui d'une Joséphine
    Baker, d'un Paul Poiret, d'un Paname aspirateur tous les arrière-grands-pères de leurs si vides
    et vertes campagnes d'Ambazac ou de St-Yrieix ; d'un navrant à tordre les entrailles, d'une
    ringardise engluée corps et biens dans les inextricables marécages du second et du premier
    degrés. De tels spectacles assurément se nourrissaient, au petit bonheur des tournées, de Guéret
    aux Causses, du Forez à Millau, nos personnages.
    Nous n'avons pas encore décidé si Héléna Bost, bonne du curé, pute le week-end à
    Bordeaux dans la rue H., doit s'enfuir en compagnie de l'essuyeuse de verres au fond du café
    de La Teste (Gironde), formant l'un de ces si nombreux îlots féminins en cavale. Quant au
    docteur Maatz, client occasionnel, il deviendrait si drôle, si bouffon dans ses tics d'oraisons,
    là-haut sous les combles, qu'il s'en suiciderait. Mais les poutres sont trop basses.
    Je calomnie mes personnages. X Les personnages masculins communiqueraient par téléphone et non par la Toile,
    car
    cela se passait en des temps très anciens. N'est-il pas préférable d'entendre une voix
    humaine au bout du fil, sans voir son visage ? telle est du moins l'opinion commune.
    Les féminins se déplaceront plus volontiers corporellement, car il faut, dans les romans
    contemporains, que les femmes représentent le mouvement, après avoir symbolisé durant
    des millénaires l'immobilité ("L'homme est le voyageur, la femme est le clocher", disait
    à peu près le plus mauvais Musset).
  • De Bataille à Rousseau

    1. - Précisément, la pauvreté de la poésie, ou de la religion, dépend de la mesure où l'introverti les ramène à la hantise de ses sentiments personnel
    2. BATAILLE « Willliam Blake » - «La souveraineté de la poésie »

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    1. La loi, froide par elle-même, ne saurait être accessible aux passions qui peuvent légitimer la cruelle action du meurtre.

    Marquis de SADE

    La philosophie dans le boudoir 1795

     

    2041.- Sans scrupules – si nous n'avions le souci d'observer de lourds interdits – nous ne serions pas des êtres humains. Mais ces interdits, nous ne saurions non plus les observer toujours- si parfois nous n'avions le courage de les enfreindre, nous n'aurions plus d'issue. Il s'ajoute que nous ne serions pas humains si jamais nous n'avions menti, si nous n'avions pas, une fois, eu le cœur d'être injuste.

    Georges BATAILLE

    La littérature et le Mal - « Proust »

    « La Morale liée à la transgression de la loi morale »

     

    1. - La vie professionnelle d'un être, si elle est sa part publique, est aussi sa part secrète, où opèrent des magies venues du plus profond de lui et où la passion peut s'assouvir autant, sinon plus, que dans l'amour.

    Félicien MARCEAU – Creezy

     

     

    1. - Face à la vérité, le doute n'est pas permis.

    Ferdinand LOP, éternel candidat et maître ès canulars ; Maximes

     

    2044.- Je sais ce que je veux être quand je serai grand.

    Un rien du tout.

    Mais je ne peux pas.

    Parce que ça briserait le cœur de ma mère.

    Alors je serai médecin.

    Et je rendrai ma mère fière de moi.

    Mais au fond de moi, je serai un rien du tout.

    Comme ça elle aura ce qu'elle veut et moi j'aurai ce que je veux.

    Jules FEIFFER

    Bande dessinée. Un dessin par ligne. Paru dans « Charlie » n° 56 de septembre 1973

     

    Novembre 1974

     

    1. - Je me levais avec le soleil, et j'étais heureux ; je me promenais, et j'étais heureux; je voyais maman, et j'étais heureux ; je parcourais les bois, les coteaux, j'errais dans les vallons, je lisais, j'étais oisif, je travaillais au jardin, je cueillais les fruits, j'aidais au ménage, et le bonheur me suivait partout : il n'était dans aucune chose assignable ; il était tout en moi-même. Jean-Jacques ROUSSEAU

    Les confessions

  • Eddy Bellegueule

     

     

    Lorsqu'on interviewait Edouard Louis sur son ouvrage, premier roman édité, c'était toujours pour lui faire en quelque sorte le reproche de n'avoir pas épargné sa classe sociale d'origine, le petit peuple de Picardie : "Vous les faites parler mal" ("C'est pour pas qu'on y va", "Faut pas qu'y soye" ou "qu'y soive", et autres). Les bonnes âmes salvatrices du peuple, toujours brave, toujours bon et con-mais-c'est-pas-sa-faute avec le chômage, l'alcoolisme et la misère culturelle et autres interminables couplets bien-pensants, répètent qu'il ne doit pas être stigmatisé, car il ne faut pas attaquer les cons, ça pourrait les vexer. Or, à force de ne pas clouer au pilori les salopards qui cassent du pédé, on va finir par les mettre au pouvoir.

    C'est bien en route, et certains vont s'en mettre plein les fouilles en jouant sur cette connerie épaisse que l'on flatte, que l'on séduit, que l'on flagorne. Parce que voyez-vous, mes braves auditeurs et demi, même un imbécile inculte doit avoir tout de même, à un moment donné, un éclair de conscience, et se rendre compte que cracher sur un petit camarade, lui casser la gueule s'il ne baisse pas les yeux, ça n'est pas bien. Et si je déteste l'ignorance et le poids des préjugés, je déteste aussi ceux qui les subissent, parce qu'ils trahissent l'être humain, qui fait fonctionner sa tête et son coeur. Ils ne sont pas tous comme ça. Eddy Bellegueule se fait assommer au fin fond de la Somme, où l'on pense encore comme au fin fond des années 50, où même Brassens pouvait chanter le crime pédérastique aujourd'hui ne paie plus en déclenchant des applaudissement aussi nourris qu'unanimes, ce qui m'a toujours choqué.

    Dans la première partie, le roman d'Eddy Louis constate, et dans la deuxième, il ouvre une perspective d'évasion, par son entrée au lycée d'Amiens, où les fils de bourgeois, parfaitement, les fils de salauds et d'exploiteurs du peuple, tolèrent, comprennent, admettent déjà plus sa différence : il finira dans le théâtre à Paris, où rien n'est plus insignifiant que d'être homosexuel. Mais combien d'autres sont restés à se faire taper sur la gueule en silence. Et ça commence tôt, dès la primaire. Les autres aussi se tripotent dans les coins et "jouent" au pédé, ils enfoncent ce qu'il faut là où il faut, mais le féroce auteur finit par comprendre, dès sa dixième année, que l'important n'est pas de l'être, mais d'en avoir l'air.

    D'APRES UNE

    PHOTO DE VINCENT PEREZ COMME DANS LE BLOG PRECEDENT

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    Et surtout de ne pas en parler. Les autres se regardent entre eux mais conservent le secret. Pour le petit con de dix ans qui se fait sauter par son cousin de quinze, "ça se voit". Il est allé chiper les bagues de sa soeur, en plus, pour "avoir l'air d'une fille" avant de se faire mettre. Il n'a jamais pu s'intégrer à un "groupe de garçons". A noter que pas un instituteur n'a jugé bon de remarquer ce qui se passait dans les couloirs. On lui crache dessus et on lui fait lécher les mollards. On le tabasse. Comment voulez-vous ne pas rater l'école le plus possible. Quand des bourreaux déménagent, ils sont remplacés par d'autres. Alors comprenez la rage, la violence de la dénonciation, le manque de recul, une absence totale d'analyse sociologique, la haine d'un milieu où les ivrognes se succèdent de père en fils, où la seule gloire accessible est de se farcir quelques mois de taule.

    Et le tout, entre Français de souche, eh oui, chassez les parias, les salauds reviennent au galop, avec un bon accent picard bien de chez nous. A deux, à trois, à cinq contre un, les tabassages, les vexations, les humiliations, les meurtres à petit feu à longueur d'années scolaires. Le crime pédérastique en vérité Brassens ? Tu vois, même lui chante des conneries. Sans oublier "les amis de luxe, les petits Castors et Pollux" "choisis par Montaigne et La Boétie", c'était ça, être populaire, et d'ailleurs, du haut en bas de la société. Encore maintenant, va dire que tu es un professeur homo, tu la sentiras ta grosse douleur. Homme ou femme.

    Ne vous en faites pas, la planète ne va pas se dépeupler. Avant donc de sombrer dans la banalité à tout jamais renouvelable (car le monde est si lent à changer) de mes tirades antihomophobiques, passons au texte, dont les rameaux d'espaliers supporteront j'espère de belles poires critiques. L'auteur, après s'être fait mettre avec délices à dix ans, atteint ses douze. "Quand j'ai eu douze ans, les deux garçons ont quitté le collège. Le grand roux a entamé un CAP peinture et le petit au dos voûté a arrêté l'école. Il avait attendu d'avoir seize ans pour ne plus y aller sans prendre le risque de faire perdre les allocations familiales à ses parents. Leur disparition était pour moi l'occasion d'un nouveau départ. Si les injures et les moqueries continuaient, la vie au collège n'était en rien comparable depuis qu'ils n'étaient plus là (une nouvelle obsession ne pas aller dans le lycée auquel j'étais destiné, ne pas les y retrouver)." Donc l'école perpétue l'injustice au lieu d'y remédier.

    Donc, et mieux dit encore, l'éducation n'éradique pas les préjugés. Il faut attaquer le mal, m-a-l, à la racine, et faire des cours pour empêcher l'homophobie, ce qui ne veut pas dire "faire de la propagande" comme le disent les braves gens, qui n'aiment pas que, alors que les pédés aiment queue, mais qu'est-ce que j'ai avec Brassens aujourd'hui. On peut aimer les flics sous la forme de macchabées, mais être une tafiole, ça, jamais. Comme c'est bizarre l'âme humaine, nous sommes entre les mains de Dieu décidément, mais Dieu n'a pas de mains, et aujourd'hui non plus. Reprenons: "Je ne devais plus me comporter comme je le faisais et l'avais toujours fait jusque là. Surveiller mes gestes quand je parlais, apprendre à rendre ma voix plus grave, me consacrer à des activités exclusivement masculines. Jouer au football plus souvent, ne plus regarder les mêmes programmes à la télévision, ne plus écouter les mêmes disques. Tous les matins en me préparant dans la salle de bain je me répétais cette phrase sans discontinuer tant de fois qu'elle

    finissait par perdre son sens, n'être plus qu'une succession de syllabes, de sons. Je m'arrêtais et je reprenais Aujourd'hui je serai un dur. Je m'en souviens parce que je me répétais exactement cette phrase, comme on peut faire une prière, avec ces mots et précisément ces mots Aujourd'hui je serai un dur (et je pleure alors que j'écris ces lignes ; je pleure parce que je trouve cette phrase ridicule et hideuse, cette phrase qui pendant plusieurs années m'a accompagné et fut en quelue sorte, je ne crois pas que j'exagère, au centre de mon existence)."

    Même chose si vous êtes apprenti danseur ("le ballet c'est débile", n'est-ce pas), même chose si vous passez pour un Arabe ("les Arabes pas de problème c'est tous des pédés", vous pouvez me rajouter une couche de connerie s'il vous plaît je ne me sens pas assez lourd, là...)

    - c'est toute une destruction, une autodestruction, méthodique, non pas seulement d'une particularité sexuelle ou d'une nuance dans l'épiderme, mais de toute une personnalité, destruction qui plus est intériorisée, rongeante. Oui, tout le monde l'a déjà dit. Nous serons originaux plus tard. Comme disait Péguy ("quoi, ce fasciste ! - ta gueule") "on se plaint de ce que je répète toujours la même chose, mais c'est parce que c'est toujours la même chose".

    Oui, Eddy Bellegueule, Edouard Louis, s'apitoie sur lui-même, mais c'est par rage, c'est pour transmettre, pour rompre l'isolement de tous ceux et de toutes celles que l'on persécute. Il s'adresse aux autres, aux bons autres, à ceux qui lui ressemblent, car après tout ses persécuteurs plus âgés que lui, ces grands casseurs de gueule pétris de courage et de bonne conscience, c'étaient aussi des autres, n'est-ce pas, de ceux qu'il aurait fallu acepter, découvrir, adorer ? Vous voyez que ce fameux "amour des autres" dont nous avons les oreilles rebattues par tous les connards de la planète ne mène nulle part et ne veut plus rien dire de rien de rien de rien.

    Les autres, oui, mais sans leur poing dans ma gueule, sans leur kalachnikofs dans mon bistrot, O.K. ? Pas TOUS les autres. Les autres CHOISIS. Reprenons :

    "Chaque jour était une déchirure ; on ne change pas si facilement. Je n'étais pas le dur que je voulais être. J'avais compris néanmoins que le mensonge était la seule possibilité de faire advenir une vérité nouvelle. Devenir quelqu'un d'autre signifiait me prendre pour quelqu'un d'autre, croire être ce que je n'étais pas pour progressivement, pas à pas, le devenir (les rappels à l'ordre qui viendront plus tard Pour qui il se prend ?).

  • Heiligenkreuz

    Carte postale de grand été fané, exaspérante de sérénité satisfaite et repue. Pourtant une grande colonne, Säule, entassant les allégories comme autant de choux du saint-honoré. Censées représenter les contradictions baroques en une lourde ascension vers le ciel, par-dessus les calamités (comme la peste) ou l'entassement des mérites. Abbaye cistercienne fondée l'an 1133 en Basse-Autriche, Nieder-Österreich. La colonne rococo jure avec les lignes si pures de l'arrière-plan, surtout au sein de ce cercle de pelouse fleurant bon son biedermayer. Il fait beau. Il ne se passe rien. Le ciel est cumuleux, la pointe (le Stift) s'y enfonce avec son casque à pointe, et sur le seil, sous le porche à trois marches, un abbé noir minuscule taille le bout de gras avec un homme aux deux pieds perpendiculaires.

    Nous avons donc le porche, carré sous sa voûte, flanqué de ses piliers, eux-mêmes surmontés de statues. Cette vulve obligatoire (Baoubo en mal d'enfant) se plaque sur un mur à grosses pierres, ocre clair, deux fenêtres symétriques en haut plein-cintre, une autre par-dessus, une autre par-dessus. Sérénité, ordre et pyramide : première pente, élévation de pierres, seconde pente et pignon sommé d'une croix). L'autre côté, le droit pour nous, se masque d'une immense frondaison, plus proche, qui semble le dépasser, qui l'absorbe par effet de perspective. Des branches d'été, en pleine apogée, rehaussées d'un rameau plus vert, juste au bord du cadre, afin de faire profondeur.

    L'ombre de l'arbre, tilleul ou plutôt chêne, s'épand sur le sable bien entretenu impeccablement blond, mord sur la pelouse ronde en contours capricieux (des caps, des retraits, des baies aiguës, et tout ce rond d'herbe (bien verte, ben entretenue) qui passe ainsi au pied de la colonne qu'il entoure. L'herbe est plus jaunie à gauche, des feuilles la parsèment à droite, le cadre de la photographie trace une corde sur le cercle. Il fait chaud. C'est l'été. C'est l'Autriche. On digère. On est bien. La méditation hante le ventre plein, irradie vers les poumons aux souffles de la sieste. Les moines iront plus tard copier, enluminer les parchemins.

    Le temps n'est plus. La colonne où l'on s'est accoutumé se décale et se décline en clocher, carré, chargé de son cadran d'horloge, il est trois heures moins vingt, zwanzig drei. Reste les huit fenêtres au petit bois blanc, six carreaux chacune, en bas sans rideau ; en haut de gauche à droite et successivement ouverte, barrée d'un tissu oblique, puis obturée de blanc, pour finir indifféremment fermée comme en bas. Les ouvertures s'inscrivent sur deux bandeaux de pierre tendre, toujours la voluptueuse pierre, posées dirait-on de la veille.

    Cadrage du porteur.JPGCE PHOTOGRAPHE EST TRES CELEBRE. QUE SES AVOCATS VEUILLENT BIEN ME CONTACTER AVANT DE ME POIGNARDER DANS LE DOS ET DE ME REDUIRE A LA MENDICITE AVEC DES "DOMMAGES ET INTERETS", MERCI, CE SERAIT FRANC-JEU (en français : fair-play).

    Les bâtiments monastiques s'étendent sous un toit de tuiles bistres très serrées, on y vit confortablement, dans la sécurité du pensionnat perpétuel. Par-dessus le toit, très loin, c'est un moutonnement de canopées qui vient mourir comme une vague au quarante centièmes de la pâtisserie verticale. Celle-ci se couronne d'une hostie hosannière ou plutôt de monstration : Ses rayons s'entrecroisent, quatre à la romaine, quatre à la saint André aux bissectrices, plus sombres. Nous avons fini nos prières. Nous avisons trois dames qui repartent, une rouge, une bistre, une noire. Elles auront bientôt disparu derrière la sculpture pâtissière