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Le Singe Vert - Page 35

  • Cuisinière

    CHLOE CHARLES TELERAMA 3443 DU 9 61 16 -  63 04 02

    L'ILLUSTRATION REPRESENTE ANNE JALEVSKI, SOURIANTE, A LA FENETRE

    Souriante, à la fenêtre.JPGChloé Charles, 27 ans sur la photo, a gagné ses galons de chef-cuistotte, spécialité en dehors de mes préoccupations et de mes goûts, donc nécessairement vulgaire, car jamais je ne cache mes préjugés, fussent-il eux-mêmes les plus vulgaires qui soient. Elle est présentée dans un cercle, une bulle, alors que la photographie complète, visible sur la toile, présentent cette jeune femme en tenue de combat ou de profession, avec un tablier mauve et je ne sais quel plat au bas du corps. L'article de Télérama fut écrit deux ans plus tard. Elle porte donc autour du cou le lacet de tablier, plus un fin liseré plus clair, évoquant discrètement le « cordon bleu » qu'elle est.

    Ce cordon bleu, distinction honorifique, maintenait jadis la Croix de Malte sur les torses bombés de la meilleure aristocratie. Le corsage ou le tablier de dessous arbore une blancheur immaculée. Sort de ce petit V un cou ferme et puissant comme celui d'Albertine chez Proust, orné de cinq ou six grains de beauté discrètement disposés sur une peau blanche et crémeuse. Le /photographe a contrasté le menton et le sept huitième (profil à peine tourné vers nous, juste une demi-arcade et l'amorce des paupières au-delà du nez droit) en les enveloppant d'une ombre sensuelle : l'arrière-plan flou figure un cadre de miroir ou quelque plinthe de restaurant (le Septime en l'occurrence).

    Mon ignorance crasse de l'art culinaire n'a d'égal que celle de la photographie, ce qui prouve chez l'auteur un manque béant de sensualité : un reflet blanc barre tout le visage et s'enlève en perpendiculaire jusqu'au sommet du front bien dégagé. Le visage paraît en dessous de cette surimpression ou de ce reflet, comme un plat sous un nappé. Comment procéder pour obtenir un tel effet ? la photo complète montre une rue derrière une vitrine de restaurant. Les deux diamètres perpendiculaires se croisent sur une bouche souriante, naturelle, aux belles dents, exprimant la jeunesse, la santé, la bonne cuisine écologique professée par Chloé Charles, ainsi la joie de travailler, de s'accomplir et d'exceller. .

    Le port de tête droit, légèrement porté en arrière, ne montre ni affectation ni dédain. La cheffe est naturelle, bon enfant, professionnelle, et sourit avec une confiance - très communicative. 

     

  • Fottorino, Le dos crawlé

    Au restaurant OUvrard.JPG

    "Mes parents habitent dans la Corrèze. L'été ils sont aux champs du matin au soir alors ils me placent chez l'oncle Abel pour lui donner une autre compagnie que sa brocante, les  robes de ma tante et le fantôme du cycliste. Mon père il me garde un peu en juillet à remuer les bottes de paille. Je sens pas ma force avec mes biscoteaux qui soulèveraient un âne mort il dit. Mais ma mère le dispute et on m'envoie changer d'air à l'océan." Je me demande s'il a quatre ans ou dix ans. Est-il bien nécessaire qu'un fils de paysans (ça existait encore cette race-là) s'exprime avec ces phrases et cette pensée de débile ? Mais il me semble que je me répète.

    En tout cas, monter le foin dans le grenier au bout de la fourche, je l'ai fait dix minutes, et je ne le ferai plus : il faut sauter comme un abruti, et se faire engueuler parce qu'on ne saute pas assez. Paysans. "Pour aller se tremper on doit marcher jusqu'à la corniche et suivre l'odeur des beignets qu'un gars en tablier blanc pousse dans le sable sur une charrette à bras. Derrière la pile de gâteaux qu'il appelle "mascottes à la crème d'abriiii-cooots" c'est la mer partout. A marée haute je pose les yeux sur les beignets qui font comme des bouées rien qu'à les regarder. Vers onze heures je me prépare pour la plage quand une voiture de course s'arrête devant la maison d'oncle Abel. Le moteur reste allumé car les chevaux dessous le capot ils ont pas l'air commodes. Je crois que c'est des tigres comme dans la réclame pour Esso." Il est un peu taré le gosse, ou bien il fait semblant pour l'humour, mais c'est bien imité.

    C'est l'auteur qui fait de l'humour en pastichant le parler de l'enfance, enfin, ce qu'il croit être l'enfance. "Monsieur Contini dépose LIsa ou plutôt il la jette. Il demande à l'oncle s'il peut la laisser pour la journée "parce que sa mère...". J'entends pas la suite à cause des chevaux qui veulent décamper. Monsieur Contini est déjà reparti avec sa ménagerie de course." En prenant les adultes au pied de la lettre, le héros et l'écrivain les mettent face à leurs incohérences, et à leurs phrases en fait inachevées, disons, face à eux mêmes. "Oncle Abel il sait pas dire non alors qu'il a du passé plein son fourgon à décharger dans la cour. Il pas besoin d'insister pour que je prenne Lisa et c'est à ce moment que ça commence à me brûler au ventre. 2 Lisa est une petite blonde avec des barrettes au milieu des cheveux et cette manière des filles de dire "arrête" quand elles veulent qu'on continue. Elle a dépassé l'âge de raison et ça se voit parce qu'elle veut toujours avoir raison même quand elle se trompe. Quand elle parle elle bouge la tête comme celle du chiot montée sur ressort dans le fourgon d'oncle Abel. Lisa est fille unique ça veut dire qu'il n'y en a pas deux pareilles. Lisa elle a ni frère ni soeur et elle trouve que c'est mieux car elle a déjà serrée à l'arrière de la voiture de course." L'auteur s'amuse, finalement.

    Nous avons déjà, dans ce genre, les aventures du petit Nicolas de Sempé. Notons tout de même que les filles qui disent non pour "concon" tinue, c'est déjà dans Salinger. "En vrai ses parents ont une crevette de quatre ans mais on la voit jamais rapport à ce qu'elle est mongolienne et qu'elle habiterait très loin en Mongolie croit Lisa. Moi je sais bien que la Mongolie c'est chez les dingues. Son père travaille dans une banque et sa mère est très occupée toute la journée le soir aussi des fois. Lisa se plaint de ne pas les voir souvent." Bon sketch. "Je lui dis que c'est pas la mer à boire. Elle dit que sa mère est imbuvable." Ca vous a plu ? Moi aussi à la longue. Ne pas perdre de vue donc le fait que c'est un adulte, Eric Fottorino, qui raconte par la voix d'un enfant l'histoire de l'oncle Abel - Louis la Brocante, et de tous ceux qui l'entourent. Le dos crawlé, situé près de Royan, est en vente partout dans la collection "Folio", n°5515.

  • Texte de Daniel-Rops, entrelardé de réflexions plus ou moins stupides

    prend, et toujours se multiplient ces passerelles, tout vous rappelant forcément quelque chose, avec la régularité imprévisible des synapses – notre cerveau en gros cœur de Jésus en plastique sans cesse palpitant à l'étalage. Tu ne devrais pas être là ! Double sens. Va vite au lit, mon petit, et ne lis pas trop tard ! « Mon petit » ? Mon Dieu... Elle appelle ainsi, également, son beau-fils, Raphaël, qui porte le même nom de famille que la fille de la paysanne, fille naturelle du sénateur qui a décidément éjaculé dans tous les vases.Elle se pencha, regarda le livre que tenait la jeune fille, mais ne dit rien. Chiche que c'est Nietzsche.

    La boucle est bouclée. Qui venait de paraître en français. Avec ses maximes fières – très haut placée, la barre. Ce n'était pas le jour de lui faire, une fois de plus, entendre que ses goûts littéraires ne valaient rien. . À quelle heure partiras-tu demain, maman Laure ? Ce que je devine : dire et bien faire sentir à ma fille, dont je ne parle pas ici, jamais, que je l'estime telle qu'elle est, pourvu qu'elle ne veuille pas me convertir à ses intérêts, comme je n'ai plus tenté, très vite, de la convertir aux miens. À neuf heures trente, évidemment, afin d'être à Paris le soir. Lenteur des trains d'alors. Toujours pas de Guerre 14. Là périront Gabriel ou Raphaël, René peut-être, brillants lieutenants. Ou bien Laure, ou bien Jean, tel ou telle ; avant quelle catastrophe vivons-nous, en 2061?

    Combien de siècles avant quel Jésus-Christ ? « Tu me diras au-revoir avant de partir ? - dialogue plat et vrai. Se reverront-elles ? Est-ce l'adieu ? Nous sommes à 89 pages de la fin. En ce temps-là c'était commode : la fin du roman coîncidait avec le début de la Guerre, et tout le monde crevait ou survivait. D'ailleurs j'entendrai bien Etienne sortir la Couinette (le cocher passé chauffeur et la belle auto début du siècle qui couinait des ressorts). Elle se leva. Une petite toux sèche la secoua deux fois – donc il s'agit de la jeune fille, pourrie de tuberculose. Répétons-le : Flemmings breveta la pénicilline. Mais elle était déjà prête. Grâce à des Français.

    La Grande Boucherie pouvait se déchaîner. Elle ramassa la couverture de fourrure dont elle s'enveloppait et se dirigea vers la porte. Comme des mouches. Plus tard nos descendants diront : « Comment donc faisaient-ils pour se contenter de vies bornées à 101 ans ? » Chez Choiseul ne disait-on pas : « Dans notre famille ON meurt à 50 ans » ? Dis à papa qu'il nous laisse tomber comme une vieille chaussette. Il est bien loin papa. À Paris. Plus question du Bugey. Il fait carrière. Sous ses pieds serpente la trappe, le vieux chantage sur son crime si lointain, prescrit, mais dévastateur s'il est révélé, s'il est cru. Évanescente Alix..

    Il serait peut-être temps à présent, de revenir sur un épisode combien lointain : en ce temps-là, Maman Laure n'était qu'une petite pionne de boîte à curés. Elle faisait connaissance, dans le train, d'un ardent jeune homme, Jean lui-même, qui lui prêtait puis lui donnnait une traduction de Nietzsche, par lui-même, professeur d'allemand. Il était écrit là que l'homme, "par-delà le bien et le mal", devait se débarrasser de toute cette petite morale petite-bourgeoise du petit chrétien qui sacrifiait les faibles à l'épanouissement de son propre moi. Il fallait rester fidèle à soi-même, ce que l'on appelle "son âme". Alors, dégagé de toute pitié destructrice, on jouissait enfin du bonheur de sa plus haute réalisation particulière.

    Or le génie de Daniel-Rops consiste à faire suivre ces entretiens fiévreux de chemin de fer par l'agonie d'un magnifique prêtre, qui sonde les replis de toutes les âmes, et, tout mourant, rapelle à Laure qu'elle bouillonne de jeunesse, et qu'il ne faut pas perdre son âme, non plus. Mais que cette âme, loin d'être l'épanouissement de sa nature entière dans une grane jouissance, est l'émanation de Dieu, seule existence, seule essence qui vaille la peine d''être cherchée sans fin. Voici la ljeune héroïne, telle Hercule, à la croisée des chemins, que symbolisnet ces deux os croisés sous les têtes de mort : recherche du Tout dans le Moi, ou du Moi dans le Tout ? Pour l'instant, le réflexe est de dire "plus tard... plus tard..." Malgré les risques de commérages, elle se donne donc à cet homme, où elle le prend, Puis l'histoire suivra son ccours, jusqu'à cet assassinat de la rivale, et à l'adoption de ses deux enfants. Donc, deux versants s'offrent à elle pour tteindre le sommet : celui de Nietzsche, liberté, folie ; celui de l'Eglise, l'âme. Ne jamais perdre de vue son âme, ou ne jamais perdre de vue son énergie. Ce qui revient au même, seulement, les escarpements sont disposés tout à fait différemment. Et voici les réflexions qui se bousculent dans le coeur de Laure Malaucène (eh oui...) :

    "Quand elle avait entendu l'abbé Tarlouze pardon Pérouze lui parler du juste ou de l'injuste, et lui interdire d'exiger, elle avait compris; mais non accepté. Il lui arriverait d'imaginer l'instant où Jean la quitterait, où elle devrait céder à son affreux destin. Et alors ce n'était pas l'idée de sa souffrance future qui la torturait, c'était le sentiment de tout ce qu'elle avait déjà souffert. Elle se ressouvenait de la nuit maudite, dans les marais de Lavours, de cette douleur cuisante éparse en tous ses membres, de son accablement de son désespoir. Elle revoyait ces ombres maléfiques qui étaient venues tourner autour d'elle quand elle avait dû se laisser aller à terre pour se reposer un instant, et elle remâchait le mot qui lui revenait sans cesse à l'esprit : "Injuste ! Injuste !" Injuste aussi cette honte, qui lui avait été infligée par Irène ; injuste, ce vain amour que Jacques Malessert lui avait dédié ! Injustes, sa maigre vie, sa cellule, ses classes monotones !" Même l'injustice ressentie par les autres, elle la ressent. Elle a dû fuir d'une maison parce qu'on voulait amicalement la violer. "Injuste, sa beauté inutile qui ne lui donnait pas le bonheur. Et le comble était mis à toutes les injustices, puisque l'homme qui l'aimait ne pouvait pas lui appartenir entier. Elle aurait voulu dire tout cela à l'abbé Pérouze mais elle savait bien qu'elle sourirait. Et elle savait aussi qu'elle avait tort. D'ailleurs, le chanoine était de plus en plus malade ; elle avait essayé de le revoir, mais la vieille femme ne lui avait pas permis d'entrer dans sa chambre : le médecin interdisait toute visite." Ainsi les dernieres paroles qu'elle aurait entendues seraient l'ultime mise en garde.

  • Trois conneries oniriques ta mère

    Cherchant à rejoindre Mérignac, j'ai erré à pied sur le remblai sud du Pont de Pierre, encombré de terrains vague, avec des fragments de rails de tramway, de la boue séchée, des voies concentriques parcourues de voitures éparses. Je suis monté à bord d'un bus « M » qui repassait pourtant le pont vers Cenon, j'étais torse nu et portais un énorme carton vide sur la hanche, le bus semblait comble mais des gens sont descendus, des femmes, me laissant assez de place debout. Mon corps heureusement ne dégageait aucune odeur de sueur. J'ai entendu des consignes concernant l'inconduite du chauffeur, qui s'arrêtait le long des haies pour conter fleurette aux femmes, qui reconstituaient même ces haies fleuries à l'intérieur de son véhicule pour faire l'amour avec la clientèle féminine, il était menacé (mollement) de sanctions mais n'en tenait pas compte, et poursuivait sa route, fausse ; je devais descendre, mais j'espérais bien profiter d'une occasion.

    Me soutenait l'affection de Sonia, que j'allais voir à Mérignac.

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    J'approuve l'activité d'une société qui tente de racheter les atrocités de jadis. D'abord, une boue rouge représentant les corps broyés de bébés victimes d'une répression. On sent encore leur présence corporelle. Puis un air, au ras du sol, où survivent les paroles et les souffles de ceux qu'on a massacrés là. Ce sont de préférence les bourreaux qui doivent respirer cet air ou humer cette boue, pour réincarner leurs victimes et en quelque sorte annuler leurs actes criminels. Sollicité pour se joindre à cette rédemption, David reste enfermé dans sa petite pièce rue David-Johnston et renâcle. Il refuse.

    Moi-même.JPG

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    Dans un train luxueux venant de Grenoble vers Lyon, avec A., m'a été confié le guidage d'un câble passant par la vitre et nécessaire à établir la liaison technique et le fonctionnement d'une nouvelle ligne. Malgré les difficultés (multiplication des voies de banlieue, virage, forte montée), tout réussit. Je lâche le câble en dépassant d'au moins 800 m la limite de lâchage qui m'avait été impartie ; le train, lancé par mon action, continue lentemet. J'éprouve un grand sentiment de responsabilité, Annie me respecte.

     

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    Gigantesque cathédrale, foule considérable, inaugurant la réfection d'un grand ensemble d'orfèvrerie (tout un autel). Présence d'autorités, discours, solennnités. Une exposition d'Annie a lieu sous des combles aménagés, elle rapporte quelques tableaux supplémantaires (qui représentent peut-être des chats) et nous passons devant tout le monde avec fierté. Je laisse Annie monter seule et me dirige vers des annexes de la crypte, je m'enfonce dans une espèce d'anfractuosité terreuse (reliquat de fouilles ?) où je me mets à pisser, le front contre une paroi, me persuadant que je ne commets là aucun sacrilège, mais inquiet malgré tout car la cavité se poursuit sous plafond bas, et j'entends au-dessus de moi toute la rumeur du siècle et des siècles...

    Crainte d'éboulement ou d'attirance morbide vers ces profondeurs caverneuses non étagées.

  • Les vieux, les enfants, la mort

    Le père de Jean-Benoît se fait rouler la graisse en fauteuil roulant, depuis son avc. IL comprend ce que je lui dis, même en allemand. Il émet parfois un rire étouffé quand je lui assène, unilatéralement, une de mes histoires obscènes. Car je lui parle, malgré tout. Il ne répond que par "oui" ou par "non", faiblement articulés après rassemblement de toutes ses forces. La dernière fois, il n'a pas cessé de porter l'index à son front, comme un essai de salut militaire. Ce qui signifiait peut-être "Je te reconnais, je te donne le bonjour". J'étais au milieu de ces vieux tous affalés, déjetés, à demi inconscients sur leurs fauteuils respectifs comme les Communards debout tout zigzaguant dans leurs cercueils ouverts.

    Un jour le petit noiraud, Albrecht Breuschenegg, surgit dans ce salon du rez-de-chaussée. Il engueule tout le personnel soignant, criant les mots de mouroir et de morgue, indigné, paniqué. A l'idée d'être un jour lui aussi tordu, mal maintenu par des sangles et nourri à la cuillère. Jean-Benoît lui envoie une lettre aux termes les plus méprisants et les plus dignes. A l'entrée, j'ai dû préciser que je n'avais rien de commun avec le petit monsieur en question. Parfois Pascale vient manger près du vieux père. Il la reconnaît. Il ne me reconnaît, moi, qu'au dernier instant, quand je prends congé.

     

     

    SES ENFANTS Je ne connais que République, surnommée la Reine. Sa voix est menue, blanche, immature. Elle a de petits seins au tour, le regard égaré. Elle se fait tringler par un Noir et je l'envie pour cela. La seule fois où je l'ai vraiment vue, elle se montrait du moins en ma présence tout Intimidée par son père Jean-Jean-Benoît qui ne parle que de lui et de sa musique. Le soir même, elle tombait enceinte. Elle a repris le boyau habitable de l'impasse Alacoque. Son père aimerait que je la visite : le géniteur s'est-il déjà enfui ? Comment ferais-je, à 71 ans, pour devenir son amant ? Est-il compté sur moi pour devenir parrain ? Comment donner à cet enfant une éducation chrétienne à laquelle je ne crois pas ?

    Ce serait d'une totale imposture. Après l'existence il n'existe plus rien. L'absence de pomme ne saurait être la présence d'une absence ; de même est-il vain de prétendre que l'absence de Dieu est la substance de l'Etre même et va jusqu'à le prouver. Non. Lorsqu'il n'y a pas de pomme, il n'y a pas de pomme. Donc d'un coup, plus rien. "Ils ne se rendent même pas compte qu'ils sont morts" : parole terrible, odieuse et ridicule en face des victimes, mais combien profonde sous sa naïve cruauté. A moins, chose horrible, qu'il n'existe ces 20s. fort plausibles, suivant l'arrêt du coeur, où l'on prend conscience de sa mort, sans possibilité d'en sortir, et qui serait possible selon les neurologues. L'oeil châssieux.JPG