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Le Singe Vert - Page 29

  • N'importe quoi hors de propos

    Personne ne peut plus montrer des preuves sans se faire opposer des preuves inverses, des calculs sans en recevoir d'autres en pleine poire et qui disent le contraire, tout le monde a raison et tout le monde à tort, et comme dit Montaigne à peu près, "il n'est cause si juste ni si fausse qu'elle ne trouve ses approbateurs et ses détracteurs 10 tonnes, et ceci à l'infini" - donc, il préférait soutenir les catholiques et le roi, et se taire lors du massacre de la St-Barthélémy, silence assourdissant passé sous silence par des commentateurs et thuriféraires bien embarrassés de l'auteur des Essais. Un tel reflux, un tel refus de la raison engendre un conservatisme plombant, "on sait ce qu'on perd mais on ne sait pas ce qu'on gagne", ou bien au contraire une fuite en avant, bougeons, bougeons il en sortira toujours quelque chose, voir l'Education nationale, ou bien, tous vont se replier sur leur communauté ou leur petit cervelet individuel et portatif, depuis celui qui croit avoir raison etevient fanatique, en passant par les sectes, jusqu'au gros j'men-foutisme individualiste et qui, disait Coluche, "ne demande qu'une chose, c'est qu'on ne lui demande rien".

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    Et maintenant, allez-y, gouvernez. A votre tour de prendre des pierres dans la gueule. Car, disait un humoriste américain mort, "si votre aversaire vous écrase du poids de ses arguments, rien n'est perdu : VOUS POUVEZ ENCORE L'INSULTER"' ! Vu que Le Pen se prétend apaisante, Bachar el Assad défenseur des libertés et que madame Pinochet répète que son mari était un grand homme, que voulez-vous que je vous dise ? N'importe quel gouvernement, quel qu'il soit, trouvera toujours en face de lui des empêcheurs de gouverner, qui lui foutront des bâtons dans les roues, multiplieront les manifestations pour tous ou les bloquages de carburant, et qui gueuleront ensuite "on vous l'avait bien dit que ça ne marcherait pas".

    Gouverner c'est prévoir ? certes, mais comment un navire comme le Titanic peut-il slalomer à toute pompe au milieu des icebergs sans se fracasser la panse ? Il faudrait à la fois un forte personnalité, avec un ensemble de personnes estimables et estimées, qui pourrait dire parfois "nous nous sommes trompés" sans aussitôt déclencher un tir de feux d'artifice malfaisant de la part de l'opposition qui interpréterait cela comme une reculade, ni pour autant museler la presse ni empêcher qui que ce soit d'aboyer. Il n'y a rien d'original dans cet enfonçage de portes ouvertes. Et Zemmour direz-vous, nous l'avons perdu de vue ? Non. Il affirme lui-même n'être qu'un sismographe, enregistrer comme un miroir stendhalien, mais c'est faux : le moindre de ses propos suinte l'ironie fielleuse et revancharde, personne ne peut rendre compte de la réalité dans toute sa complexité.

    Ce qu'il faudrait, alors, c'est du calme, une renonciation à la politique-spectacle, à la guignolisation générale de la société, à la paranoïa des journaux télévisés qui empoisonnent la France depuis des décennies. Mélangeons (Mélenchon, c'est marrant) tous les ingrédients de la raison, du coeur, de la méfiance, de la confiance, mais pour cela, prenons le temps de respirer, de ne pas chercher le conflit à tout pris, un peu de bromure pour tous par pitié, soyons sereins cui-cui, et sincères. La politique n'est pas un combat de boxe. N'exaspérons pas les mauvaises nouvelles, mais ne les passons pas sous silence non plus. Ah c'est dur de tenir le juste milieu sans piquer un roupillon.

    Mille excuses pour ce prêchi-prêcha, moi aussi je voulais devenir curé avant ma puberté, c'est curieux j'ai changé, comem Sarko, ou Coppé. On écoute Zemmour, que je n'ai voulu ni défendre ni attaquer, lâchement. De plus, cet ouvrage est largement antérieur aux grandes vagues migratoires catastrophiques pour ceux qui partent ou pour ceux qui refusent, mais c'est top petit chez moi et comme c'est curieux, tout le monde manque d'espace chez soi. N'encensons pas ce trublion de Zemmour, qui n'est ni la Bible ni le Coran ni le Talmud, mais ne l'ensevelissons pas non plus sous les crachats glaireux, attention, je vais lire :

    "En devenant une ville-monde, Paris est atteinte de schizophrénie, prenant son autonomie par rapport à l'Etat-nation, tout en continuant à abriter le lieu d'un pouvoir étatique de plus en plus vidé de sa substance.¨Paris - et sa région - continue d'assurer la redistribution à l'échelle nationale, mais sa richesse et ses habitants deviennent de plus en plus extérieurs au reste du pays.

    ¨"Paris incarne cette France moderne, qui bénéficie des retombées favorables de la mondialisation, chérie à la fois par les élites mondialisées et par les représentants de l'Etat français, ceux-ci désormais inféodés à celles-là. Auparavant, il y avait Paris et, au-delà des fortifs, la Zone. Aujourd'hui, il y a la ville-monde et le reste est "la Zone".

    "Paris installe des socialistes rose pâle à sa tête et vote oui à tous les référendums européens, abrite la jeunesse favorisée et diplômée qui ne jure que par la diversité et le multiculturalisme." C'est Braudel qui a parlé pour la première fois de "ville-monde", concentrant l'économie mondiale ; de nos jours, Zemmour mentionne New York, Londres, Tokyo, Francfort, Paris, Shanghaî. A signaler cependant qu'il me semble excessif d'attribuer aux seuls bourges de Paris la disposition d'esprit ci-dessus décrite, qui me semble bien plus relever d'une localisation sociale que d'une localisation géographique.

    Il est vrai aussi que les péteux du Vingt-Heures qualifient aussitôt de "village" toute agglomération comptant moins de 10 000 habitants, ce qui est pour le moins exaspérant. "Paris incarne cette France des métroples globalisées, polarisées entre classes supérieures et immigrés, que le reste de la France (classes moyennes et populaires dans le périurbain et les petites villes qui souffrent des délocalisations industrielles et des suppressions de services publics, postes, tribunaux, casernes, hôpitaux, au nom des économies budgétaires) regarde avec un mélange d'envie, de ressentiment, de tristesse, de sentiment d'abandon et d'incompréhension. Les colères de la "manif pour tous" contre le mariage homosexuel, ou la fureur des "bonnets rouges" bretons contre l'écotaxe ont en 2013 exprimé la fureur de la France des parias contre la ville-monde Paris et ses petites sœurs globalisées.

  • Sous la musique












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    Les hortensias bleus, clin d'oeil à Monjtesquiou.JPG







    Bien que la fille Bost, prostituée r
    angée, participe aux orgies modérées de Châteauneuf-en-Bousse
    (quand le
    Docteur à jeun s'y rend en vacances), il lui reste son « ouverture sur le Bassin ; là-bas,
    son alliée reste la propre épouse de
    Fat Ben Zaf. Autant ce dernier, directeur de son stage, rouge
    et
    haletant (combien de temps encore ?), autant sa compagne se borne, discrète, attentionnée, à
    l'office du bar. C'est un
    jazz bien commode pour elles deux, que ces swings tonitruants - deux
    proches ainsi se constituent, par-dessous
    la chute des cuivres, un de ces tunnels de fréquences
    béni
    es des sourds et audibles d'eux seuls. Mais que survienne un fils - ou un neveu – qu'est-ce
    que tu peux bien entendre avec le son si bas -
    qui force le volume et tout se brouille. Le sourd se lève et s'en va. « BCBG » est le surnom donné par Fat Ben Zaf à sa femme.
    Femme aux longs cheveux blonds serrés en queue de cheval, meilleure et seule alliée d'
    Héléna,
    dont elle n'ignore pas la profession.

  • Dernier message avant suppression de tout blog parce qu'avec Hautetfort c'est le merdier bien fort

    Croix.JPG

    Néron fut peint par Domenico Fetti, au début du XVIIe siècle, illustrant le livre éponyme d'un certain Franzero, Italien écrivant en anglais (1955). C'est un étagement chronologique : 60, 1615, 1956, 2014. Néron est représenté en contreplongée, dans les ocres et les bistres. Le raccourci de perspective nous jette à la gueule d'abord un poing agrippé à un sceptre, lequel forme un angle de 45° avec le rebord de couverture. Nous ignorons si c'est un détail de tableau, ou le tableau entier ; mais Fetti est classé "peintre baroque", mort à 35 ans, son modèle Néron s'étant suicidé à 31. Ce poing, grossier, brutal, impossible à desserrer, s'élargit en avant-bras raccourci, musclé de graisse, blême, crispé sur la prérogative du pouvoir qu'il entend bien ne pas lâcher.

    Le retroussis de manche marque le début d'une escalade textile à gros plis rocheux jusqu'à l'épaule, prolongé dans le dos par un drapé rudimentaire. Le vêtement de l'Empereur s'agrafe en avant, sous le cou rond et gras. Alors commence la physionomie d'une brute, d'un fou abruti, couronné d'un laurier jeté là comme une touffe hirsute, correspondant en sombre aux renflures du dos et prolongeant l'ocre jaue en vert noir d'algues malades. Entre la touffe de lauriers et le grassouillet du cou s'étale le plus somptueux visage d'abruti : un double menton veule, une mâchoire mal rasée, une oreille vaste et rose. Le front reste bas, buté, sans trace d'intelligence.

    L'œil que l'on voit reste fixe, dardé sur un point inconnu, parallèle aux deux limites du cadre. Le nez, petit, droit, sans caractère. La bouche gourmande et grasse, bloquée par une fossette, une pommette immense. L'expression est lippue, le menton en galoche ronde et surplombant tout le tableau de sa masse énergique et molle : Néron est un méchant gros, un cruel gras. Il semble fardé et parfaitement crétin, surestimé, dangereux. Ce profil dégage une profonde répulsion chez celui qui le regarde. Il dépeint une grosse vache qui doute profondément de sa virilité, de son être, de sa force ou de sa faiblesse, qui en rajoute tant qu'il peut dans l'orgueil et la cruauté, la dissimulation brutale et la raideur molle.

    Lâche et féroce, imbu de sa personne au point de prendre ses sursauts de vanité pour un profond sentiment artistique. Aveugle et fou furieux. C'est ainsi que l'Eglise et le sens commun veulent représenter Néron, véritable repoussoir, incarnation de tout ce que l'embonpoint peut avoir de répugnant et de bestial. De ce point de vue, ce tableau est une réussite. Sous le poing et le sceptre, le flanc se recouvre de vert véronèse décomposé (ce peintre mourut en 1588). Un vague baudrier, ou bien la bande d'un tissu, forme avec le sceptre un triangle équilatéral : ici la rigidité géométrique ne laisse place à aucune pitié, à aucune structure humaine ou miséricordieuse, mais s'accorde à toutes ces teintes rompues, malsaines, cadavériques. Cette tête fascinante et poupine, cette mâchoire arrondie, ces traits comme inachevés, nous surplombent de toute leur majesté surjouée, de carton pâte et de chairs morte, de viande avariée. Le visage n'est pas exactement de profil, nous y voyons la jonction animale des sourcils, une ébauche d'orbite gauche, une poursuite d'arrondi dans le menton ; une dégringolade à peine marquée sous la mâchoire , une barbe mal faite plaquée là sur des adiposités nourrissonnes : c'est à de tels traits que fut soumise la Ville de Rome.

    N.B. Ce tableau est représenté comme le portrait de Domitien (81-96), autre grand malade

  • Belle du Seigneur ou Celle du Baigneur

    Le lecteur s'étouffe, se gave, suffoque, plein de ricotta jusqu'à la glotte. Il a hâte, lui aussi, que cela finisse. Le drame est que la comédie se poursuit jusqu'aux dernières pages où l'on sent qu'il n'y aura pas de fin, comme en enfer, comme en huis-clos - jusqu'au suicide dans une chambre de grand hôtel, en 1937, ce qui nous épargnera la Shoah, car cette oeuvre fut commencée avant la guerre et finie après elle. Dommage tout de même dirai-je en premier lieu qu'un livre se termine par un gros ouf. Dommage qu'on n'ait rien appris de classable, dommage que la dénonciation des clichés n'ait abouti qu'à ce cliché supplémentaire appelé "dénonciation des clichés". A présent, 57 ans après mai 68, c'est l'ouvrier qui se fait caricaturer chez les Deschiens, c'est les Arabes qui s'en font mettre plein la gueule et méchamment, tout est devenu beaucoup plus grave, non pas au sens sérieux, mais au sens épidémique du terme. C'est l'humour qui de nos jours a pris un coup de vieux, un coup d'aigre, un coup de vert-de-gris. Bien qu'il soit devenu plus nécessaire que jamais, plus difficile que jamais, au point que certains fanatiques veuillent l'interdire, femmes, religieux, charbonniers faisant suspendre d'antenne Le bougnat de Sheïla ou Les jolies colonies de vacances que l'on n'entend plus sur les ondes, voire un couplet des Trompettes de la renommée qui n'ont plus l'heur de plaire à certains "groupes de pression" comme on dit.

    Et comme disent les intoxicateurs appelés "présentateurs du JT", "voyons un peu ce qu'en disent nos voisins", non pas les Anglais de Monty Python mais le hawaïen Wikipédia. Nous nous apercevons alors de notre immense superficialité, de notre refus à notre tour de prendre au sérieux ce livre qui chie sur le sérieux tout en voulant qu'on le porte aux nues. Certes, comme l'a dit alors François Nourissier, le jeu en valait la chandelle, et nous n'avons rien lu de plus vrai ni de plus... nourrissant, ce que nous écrivons sur l'amour se sert de Belle du Seigneur comme d'une pierre de touche ou même première pierre, et nous ne pourrons plus en parler comme avant, mais notre frilosité, notre écheveau personnel, nos chers entortillements ombilicaux n'ont pas trouvé ici leur compte.

    Notre confort, nos conventions, nos pleurnicheries, nos émois de caniche, nos désirs de dorlotage et d'apitoiement n'ont pas été comblés, nous avons été mis mal à l'aise et même mis à mal. Je boude. Il y a trop de courants d'air là-dedans, aucune possibilité de complaisance ou de facilités quelconques de classification. Souhaitons de rencontrer souvent d'autres bousculades de cette ampleur, demeurons conscients de nos limites et sachons les aérér, les dénaphtaliser, avant de les rebichonner peut-être, mais nous ne pouvons plus désormais ignorer que pour évoluer, voire, soyons fous, pour agir enfin, il existe une fenêtre que nous eûmes bien du mal à refermer sous les bourrasques : Belle du Seigneur, d'Albert Cohen.

    Passons au texte, qui intervient après ma conclusion, et s'achève le plus souvent ex abrupto : c'est au début. Le mari d'Ariane va recevoir celui qui lui chipera sa femme, et qui se trouve être son chef hiérarchique, le "babouin dominant" dixit l'auteur : il ne viendra pas, mais nul ne le sait encore. La maman de ce monsieur fraîchement promu dans la hiérarchie se livre à une dernière tournée d'inspection : "Après une courte visite de la cuisine ou elle ne manque pas de gratifier la bonne d'une remarque condescendante ("On voit bien, ma pauvre fille, que vous sortez d'un miyeu populaire") aussitôt suivie de l'habituel sourire inexorablement décidé à pratiquer l'amour du prochain, elle alla inspecter le salon où tout lui parut parfait. Elle déplaça néanmoins trois fauteuils et les rapprocha du canapé pour faire coin intime. Donc elle et Hippolyte sur le canapé, l'invité sur le fauteuil du milieu, le plus confortable, Didi et sa femme sur les deux autres fauteuils. Entre le canapé et les fauteuils, le joli guéridon marocain avec les liqueurs, es cigares de luxe. Elle passa l'index sur le guéridon, l'examina. Pas de poussière." La réception se déroule à Genève, et l'invité, c'est le futur amant, sous-secrétaire d'Etat à la Société des Nations. Une fois tous assis, elle proposerait du café ou du thé et puis on ferait la conversation. Un bon sujet serait les van Offel. "Des amis de longue date, d'une grande finesse de sentiments." Cette ébauche de répétition générale fut interrompue par M. Deume qui, du haut de son premier étage, demanda s'il pouvait descendre un moment, ajoutant qu'il ne risquerait pas de salir "vu que z'ai gardé mes protèze-parquets".

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    " - Que veux-tu encore, mon ami ? dit-elle, déjà excédée, lorsqu'il entra, manquant de glisser sur le parquet trop encaustiqué.

    " - Z'ai réfléci et vraiment ze crois qu'il faut commencer par une soupe." Ce personnage boudiné plein d'obéissance est tendrement aimé par l'auteur me dit-on. "Il aime ça peut-être.

    " - Qui, il ? demanda-t-elle par petit sadisme.

    " - Eh bien, le supérieur de Didi.

    " - Tu pourrais te donner la peine de lui donner son titre.

    " - C'est que c'est tellement long que ze m'embrouille dedans. Tu comprends, il aime peut-être la soupe. (Le petit hypocrite pensait à lui plus qu'à l'invité d'honneur. Il adorait la soupe, disait souvent de lui même qu'il était un "gros soupier".)

    " - Je t'ai déjà dit qu'il n'y en aurait pas." Didi, c'est leur fils, promu en classe "A", rendez-vous compte ma chère. "La soupe, c'est vulgaire.

    " - Mais nous en manzeons tous les soirs !

    " - Au point de vue du style, gémit-elle. On ne dit pas soupe, on dit potage. On ne sert pas de soupe à une personnalité. Ce soir nous aurons un potage bisque."

    Passags facile, mais irrésistible. Moi aussi je le trouve vulgaire. On ne sert pas cette daube à une personnalité comme moi. Belle du Seigneur, d'Albert Cohen, Folio 3039.

  • Folies parallèles

    Dire que « la vie est un songe », c'est se donner une belle porte de sortie, quand on n'a fait en vrai que démontrer son impuissance et sa couardise : « Je suis à présent spectateur » : foutaises ! tu as refusé d'être acteur. Pousser à fond son jeu – se dérober juste avant de se faire enculer, se tapir en coulisses et s'y retrancher : nul acteur après tout n'est astreint à se faire crucifier. L'excès de démonstrations s'appelle « maniérisme ». A force de jouer l'amitié, Pascale elle-même présente un extérieur de fausseté, alors qu'elle est parfaitement sincère.
     
    Zen
    Personnage hautement facultatif. Comme il se méfie, comme il se rétracte, sitôt que j'évoque avec lui des ressemblances, ou aussi bien des différences, qui sont la même chose : Zen est lumineux, Jean-Benoît obscur : question de cerveau, après chute d'outil depuis un échafaudage ("matière grise", cirenea materies. Leurs points communs sont de vivre en artistes solitaires, de prendre chaque jour du Froucatard AXVSL. Djou ne choisit jamais ses amants que chez eux : plus gourds, plus prolongés dans leurs érections ? Mon Dieu que les femmes ont de veine ; en vérité, lorsqu'on a ça entre les jambes, on retombe toujours sur ses pieds, toujours quelqu'un s'intéresse à vous, même en mal, mais du moins s'intéresse.

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    L'homme dans ses chiottes obscures peut toujours se frotter le rouleau flapi.
    Artistiquement, Jean-Benoît ne vaut rien, Zen beaucoup. Noter que Jean-Benoît, raffiné sous sa peau épaisse, pressent parfaitement les réserves que l'on fait : à une demande d'achat de cadres, il réplique justement qu'il n'a pas besoin pour l'instant de mettre ses toiles en relief. Ce qu'il écrit (« il n'y a que moi pour comprendre ma peinture ») s'apparente non seulement à une thérapie, mais aux cercles indécis tracés par les médiums sur une feuille, aboutissant pour finir à des formes faciales, à des visages. Thérapie, mais recherche aussi d'une voie personnelle, obscure malgré l'incessante référence à la lumière. Obstruée de lumière. Je ne me souviens plus, d'une visite à l'autre, de mes commentaires, mais à force de voir ses noirs sur noirs, j'en viens à pressentir, moi aussi, des nuances.
    Il m'avait semblé déceler, parmi ce fouillis de clichés mêlés, une sorte de déblaiement, comme d'un animal se dégageant peu à peu d'un fourré. Je ne sais plus ce que c'est que de l'art. Personne ne le sait. Mais la démarche de Benoît, moins ignare qu'il n'y paraît, fraye un chemin vers une ouverture, une revalorisation encore imprécise. Laisser venir. Wait and see. Seule la Science, Dieu, savent l'instant de l'interruption, et quels que nous soyons, il est aussi absurde d'accélérer que de rompre et d'interrompre.