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Le Singe Vert - Page 28

  • De Balzac à Montesquiou



        461.   L'Ecrivain n'existe que par des partis
    pris.

                          BALZAC
        

    Galopin de la place des Enfants Assistés.JPG

             "La Muse du Département"

        462. Toute ferveur m'attire, toute inquiétude
    et toute plénitude.

                    Anne-Marie NOGARET
                Lettre à Bernard Collignon
                       du 18-12-1965



        463.    C'est déjà assez ennuyeux de n'avoir
    pas d'argent, s'il fallait encore se priver !

                     R. de MONTESQUIOU


        464.    Fac !
                  Devise des du Guaisnic
                 par Ferdinand de GRAMONT
                 dans "Béatrix" de BALZAC


        465.   Tu l'aimes, et tu peux lui résister !

                  BALZAC    "Béatrix"   




        466.   Ce que le public te reproche,
    cultive-le, c'est toi.

                          COCTEAU
                  "Le Coq et l'Arlequin"

        467. Si madame la duchesse veut bien se mettre
    un peu plus sur la cuisse gauche, j'aurai
    l'honneur de la faire jouir davantage.

                Le COCHER d'une duchesse -
              Rapporté par R. de MONTESQUIOU

  • Languedoc en juin, très chaud

    Plus tard j'ai droit au discours antiaméricain (« c'est eux qui polluent toute la planète ») (pas nous peut-être ?), au discours palestinien : « Salauds d'Israéliens avec leur génocide » - génocide ?! « Si nous revenions aux frontières de 1967, en une demi-journée, tout l'Etat israélien disparaîtrait » - ajoutez que ce serait bien fait pour leur gueule, n'est-ce pas,  ils l'auraient cherché, comme les juifs, exactement comme les juifs...

    X

     

    La Filature : un portail plein cintre, aux planches vertes verticales à gros nœuds dans le bois. Ca ne paye pas de mine. Sur son flanc droit, à l'extérieur, le bâtiment se fait longer par une allée de gravillons crissants où cuisent les automobiles. Le soleil peu à peu les ronge, dans son avancée féroce à travers les vitres, dès midi pile. Tout au fond de cette allée, passé la haie, plus en arrière, se tient le concurrent : Restaurant des Cavernes, vert de haine, qui contestent le droit de se garer sur [leur] accès. Le cadastre les a déboutés. Nous passons donc à main gauche une voûte plate au sol pavé de galets bien serrés sur tranche et polis par les bêtes.

    Au restaurant Ouvrard.JPG

    A se tordre les chevilles ; au-dessus, le plafond carré vibre sourdement sous les pieds des occupants : l'escalier qui s'ouvre à gauche, dans l'épaisseur de l'embrasure, mène aux chambres de la mezzanine intérieure, et face à lui, une logette à hautes vitres prend le jour entre de fins montants de fer. C'est là que siège Vrouw Debelges à son bureau devant ses registres. La cour est en gravier crissant. Le moindre pas d'intrus s'y répercute. À gauche un puits grillagé, l'espalier au centre sous l'escalier de façade en balafre vers le logis de maître et la galerie de l'aile droite, ancien atelier aménagé en chambres. Nos hôtes, Monsieur Gar et Madame, petit Languedocien et grande Bruxelloise. Deux chambres à touristes en fond de cour, la plus petite sans fenêtre (hublot d'arrière donnant sous appentis, comme un œil terne (darne) dans le noir ; on devine un vélo dans l'obscurité). La plus grande pièce sur cour, fenêtrée, lumineuse, plus chère, avec du lierre, donne sur la potence à puits d'en face : un vrai puits frais où trempent les bouteilles («le rosé ça se boit trétréfré, trétréfré – sinon c'est dégueulasse ») ; le père jeune encore en short les remonte rangées dans le casier en tournant la chaîne sur le tambour en bois. Nous logeons dans la mauvaise chambre, l'obscure ; la lumière, la vraie, celle du jour, entre par la porte, à l'ancienne, dans la grande cuisine verte. Nos hôtes nous offrent la première année un certain petit jus macéré de pommes acides du Vigan, sans alcool et rafraîchissant après notre nuit blanche à Mazamet : nous avons porté plainte par écrit sur injonction de l'hôtelier pour tapage nocturne, occasionné par des maghrebs avec leur raï de merde.

    La première année donc à Ste-Pulles une bouteille entière ; la deuxième un seul verre, et la troisième rien, tant pis. Nos chambres à nous s'ouvrent au fond à gauche, passé le gravier criard et le puits : baie de plain-pied d'abord sur la cuisine, autres anciens ateliers profonds, pièce fraîche, résonnante et verte, plafond de trois voûtes accolées aux arêtes de fer, un seul pilier de fonte sur la gauche dans un angle : notre gîte est dans ce recoin, porte de droite. Nos lits superposés, sans fenêtre sauf sous l'auvent d'arrière : un oculus ovale sur la pénombre, où l'on distingue un vieux vélo, des outils, un tarare. Nous marinons dans les reflets d'aquarium sale du hublot sur préau. Nous lisons à la lampe en plein jour ; ou bien nous l'éteignons et somnolons ; dormons, dormons longtemps.

  • Sacré Billon !

    Explication : notre jeune homme aime une femme qui aime ce fameux Germeuil (ces noms ! ces noms qui fleurent si bien la vieille France !) ; il veut savoir si Germeuil aime la jeune personne sans lui dire qu'il l'aime, lui. Noius comprenons tout, nous nous apercevons avec délices qu enous sommes encore capables de comprendre cette langue qui fut celle de toute l'Europe cultivée du XVIIIe s.

    Et Versac, le noble débauché, que dit-il ?

    Tulle.JPG

    "Eh bien ! j'étais seul avec une prude de cette espèce. L'amant arriva, l'on le reçut froidement, à peine voulut-on le traiter comme connaissance ; mais pourtant les yeux parlèrent, malgré qu'on en eût. La voix s'adoucit : le petit homme, fort neuf encore, fut embarrassé de la situation ; et moi, à qui rien n'échappa, je sortis lke plus tôt que je pus, pour l'aller dire à tout le monde. "

    En achevant ces paroles, qui me jetèrent dans le dernier embarras, et qui malgré la grande présence d'esprit de Madame de Lursay, ne laissa paas aussi de l'inquiéter, il se leva en effet et voulut sortir.

    * "Ah, comte ! s'écria Madame de Lursay, quelle cruauté !"

    Expliquons : ce comte raconte très exactement ce qu'il a sous les yeux, comme s'il s'agissait d'un incident passé. Le jeu consiste en ce que chacun a deviné ce qui se passe, mais ne doit pas le laisser paraître ; il existe en effet un code de l'honneur et du déshonneur qui passe par la médisance. Ces gens n'ont d'autre occupation, comme à la cour, que de s'épier et de rapporter tout ce qu'ils voient.

    L'on comprend pourquoi Madame de Lursay, sincèrement éprise de son jeune amant, hésite à se livrer en présence d'une quantité de monstres observateurs mâles et femelles de l'espèce venimeuse de Monsieur de Versac. Le jeune homme, qui plus est, pousse la cruauté jusqu'à demander des conseils à Madame de Lursay sur cet autre amour pour une plus jeune qui le tourmente tant. Il lui demande, le pignouf ! de le rapprocher de cette belle indifférente :

    "Mais, répondit-elle, on ne peut pas appeler cela de l'antipathie : ce qui les éloigne l'une de l'autre, et sans doute moins fort et plus facile à détruire.

    "- Oserais-je, Madame, lui dis-je, vous prier d'employer vos soins pour les rapprocher ? Cela me paraît d'autant plus convenable, qu'étant vos amies, elles peuvent se rencontrer chez vous, et s'y voir peut-être avec chagrin."

    Il y aurait tout un ouvrage à commettre sur cette apogée de la relation sociale fondée sur les conventions, les conversations, le japonisme du code humain. Tout doit se faire dans les règles les plus strictes, bien que par-dessous la liberté de moeurs soit totale pour certains et certaines. Mais la forme, la forme ! tout est là.

    Tout se termine par d'atroces chipoteries qui déchirent le coeur lambeau après lambeau, et c'est au moment où l'on rompt que l'on se forge des liens définitifs, entre personnes de même sensibilité jetées dans un monde vous l'avez compris plus cruel que celui des guerriers.:

    "- Vous pensiez différemment tout à l'heure, repris-je, et j'ai cru pouvoir...

    "- Eh bien ! interrompit-elle encore, je pensais fort mal, et je m'en suis corrigée. "

    A ces mots, elle me quitta, et me laissa d'autant plus piqué que je croyais m'être compromis en la priant d'une chose qu'un moment auparavant j'avais refusée d'elle, et que j'avais vainement abaissé mon orgueil.

    "Quelqu'intérêt que j'eusse à ne point quitter Hortense, j'imaginai qu'il fallait le faire céder à ce que je croyais me devoir à moi-même, et que mon amour m'avait même engagé trop loin." Car il y a, chers auditeurs, ce maudit amour-propre, celui des femmes, celui ses yeux ; et par une sottise ordinaire aux jeunes gens, j'imaginais qu'en me regardant des hommes, qui s'appelle l'honneur, et qui se ressent d'autant plus qu'il est dans un milieu où tout le menace." C'est ainsi que les amoureux de belles histoires sentimentales et intelligentes se régaleront à lire, de Crébillon fils, "les Egarements du coeur et de l'esprit", pour leurs vacances.

    Au revoir !

  • Le nouveau Péguy sans images

    Mes sources (Forschungsquellen) sont les textes mêmes de Péguy, aux vieilles éditions de la Pléiade. Et le “Lagarde et Michard” du XXe siècle, où Claudel et Péguy à eux seuls (édition 1962) font, occupent à eux seuls 79 (soixante dix-neuf) pages, respectivement 37 et 41).. Céline : une seule page (“un auteur bien noir”), Artaud, pas même un nom - Lagarde et Michard donc n'ont pourtant pas manqué de flair, eux qui citent en dernière page Beckett, Ionesco (théâtre) ; Bataille et Blanchot (“théoriciens”) ; Robbe-Grillet, Sarraute, Butor (pour le roman) - le dernier texte est tiré d' Un Balcon en forêt de Gracq : “Peut-être qu'il n'y a plus rien ?”)

    Recoin.JPG

    Péguy nous dit ce qu'obscurément nous attendions : que nul ne connaît les secrets de l'histoire, même littéraire ; que tous ceux qui ont cru déchiffrer ses obscurs panneaux se sont toujours lourdement trompés ; si grands que soient nos espoirs ou nos anathèmes, l'Histoire enfantera toujours plus d'imprévisibles mystères que nous n'aurions jamais su en imaginer. Il n'y a pas de sens de l'Histoire.

     

    Péguy contre la prédestination

    Péguy en effet se prononçait contre toute prédestination individuelle.

    Ou bien tout repose sur le diviseur zéro, le diviseur absurde (car diviser par zéro n'est pas même zéro ; c'est proprement, mathématiquement, inconcevable). L'homme, en ce point d'intersection entre l'inexorable horizontale du plan temporel humain et la verticale, couperet de Dieu –– tire de sa substance et de sa rage l'acte et la parole : et chacun, à l'instar du Maharal de Prague, façonne son propre nocturne Golem.

    - ou bien Dieu a tellement aimé l'homme qu'il l'a créé libre - et dans cet espace de liberté et d'amour laissé par Dieu (posons Dieu comme “x) : l'homme ne s'en jettera pas moins dans le pari fou de la vie et de la reproduction, sous le regard d'amour de la Lumière. Et d'un abîme à l'autre éternellement il balance. Libre dans son espace ainsi que la fourmi dna son itinéraire entre les graviers que la botte ne parvient pas à écraser. Péguy ne fera baptiser aucun de ses fils : "Il faut se méfier des curés. Ils n'ont pas la foi, ou si peu.”.

     

     

    Généalogie, ou retour à l’obscur

    Toute généalogie est nécessairement, avant tout, cosmologie. Notre famille est en effet condition nécessaire de notre venue au monde.

    Le père de Péguy, Désiré, mourut quand il avait dix mois.

    Toute cosmologie implique mythologie. Mais que tous ces morts (syndrome de Barrès) parleraient par notre bouche, exerceraient leurs droits sur nous, je n'y crois pas. Je ne saurais y croire. Je ne saurais descendre de toutes ces générations bornées, deux, puis quatre, puis seize, telles que les présente, exigeantes, tutélaires, Charles Péguy. Cadavre dans son placard : « le grand-père Jean-Louis, vigneron qui travaillait la terre (...) grand buveur, il roula sous un train à l’âge de quatre-vingt un ans, le 20 mai 1885, et son petit fils n’en parlait pas » (Simone Fraisse, Péguy, aux Ecrivains de toujours, éditions du Seuil).

    Comme les peuples légendaires, certains sont descendus des dieux, de nulle part. Ex nihilo. Péguy, non.

  • Le Clézio, ron, ron...

    Pine ivre.JPGNos deux filles, ennemies inséparables, arrivent au Kremlin-Bicêtre si cher à Fernand Raynaud, Maubeugeois d'honneur : "Malraux, Disney, au Kremlin-Bicêtre, c'était notre nouveau monde" (retour aux sources lecléziennes). Un endroit bizarre, à moitié accroché à un tertre, des immeubles alentour, des rues qui ont l'air d'aller nulle part" (on allait le dire), sauf l'autorouote avec son bruit de fleuve en crue, et le grand cimetière de l'autre côté. Au début Bibi et moi nous nous bouchions le nez quand nous passions par là, on faisait ça autrefois devant le cimetière sur la route de l'école à Takoradi" - qu'est-ce qu'ils sont primitifs ces gens-là, ils ne sont pas près de s'assimiler je vous le dis, "Attaque aux radis!" "Et puis tous ces gens, dans le métro, dans les bus, à pied dans les rues, ces gens qui ne s'arrêtaient jamais. Très vitre on a appris qu'il fallait effacer le passé. Pour moi c'était facile, parce que ça faisait longtemps que je n'avais plus de vie. Tout ça là-bas était frappé d'irréalité" - c'est vrai, Modiano nous fait ce coup-là aussi. "Mais pour Abigaïl (elle ne voulait plus que je l'appelle Bibi) c'était presque insurmontable. Quand elle revenait du collège du 14-Juillet" ( ce n'est pas l'école primaire de Troyes), "elle s'enfermait dans sa chambre avec ses poupée, ses photos, avec les magazines de mode que Chenaz" (le père) "ramenait du boulot, car la Madame Badou" (la mère) "avait trouvé à travailler comme secrétaire chez un dentiste de la rue Friant, qui était aussi son amant", car dans les livres, les vagins sont voraces. Monsieur Badou, lui" (le père), n'avait plus sa place parmi nous. Après un passage par Paris il était allé vivre en Belgique, il était devenu factotum dans un restaurant populaire" ( ou garde-barrière dans l'aviation sous-marine on n 'en a rien à foutre) "au bord de la mer du Nord. Il avait bien essayé de reprendre Bibi, mais Chenar" (la mère) "n'avait pas voulu, elle avait fait une croix sur leur histoire commune, elle avait même demandé le divorce. Tout ça pour moi n'avait pas beaucoup d'importance. C'étaient les trucs et les machins des adultes, qui ne se soucient que d'eux-mêmes." Bien vu Le Clézio pour se glisser dans les jeunes filles. "Mais celle qui m'attristait, c'était Bibi, parce que je voyais bien qu'elle ne s'en remettait pas. Je restais avec elle après l'école, je la regardais tourner les pages des magazines ou bien tresser les cheveux de ses poupées comme si elle avait encore dix ans. On parlait un peu, on faisait semblant d'être encore là-bas, dans la maison banche" (évidemment, pas noire), avec le jardin et la guenon Chuchi, la chienne Zaza" (amie intime de Simone de Beauvoir), le chien-loup et les oiseaux", l'un dans l'autre, et que ça devait durer toujours", et toujours en été. Un jour on se réveillerait, et tout serait comme avant", comme dans la jeunesse de Finkielkraut.

    "Elle s'endormait dans mes bras, je caressais ses cheveux soyeux. Je lui chuchotais des histoires". Arrêtons, les larmes coulent, comme après quatre ou cinq bâillements. De deux choses l'une : ou bien la dimension littéraire n'a plus rien à nous apporter, ou bien le lecteur que nous sommes n'est plus capable de lire que des choses qui le concernent directement, comme les immigrés (ceux de maintenant, pas ceux des années 6o), Marine Le Pen ou la tronche à Hollande. Mais c'est très banal aussi. Enfin, vu d'ici, à Bordeaux-sur-Garonne. Que dire de plus ? Le titre, Tempête, par Jean-Marie-Gustave-Adolphe-Antonin Le Clézio de la Margelle-aux-Douilles et de l'Académie Française, chez Gallimard.