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Le Singe Vert - Page 25

  • J'ai évité de vivre

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    Me souvenant de tout ce que je n'ose écrire, je fais un rapprochement avec tels ou tels brouillons de mon père, qu'il ne m'a jamais envoyés, mais qui me firent souffrir par leur dureté. Julia me lisant après ma mort, mais pas avant, ma lecture ne doit lui laisser nulle amertume. Certaines vérités détruisent, elle sent et pressent. Elle-même pense que d'autres choses me manquent : la main verte, etc. Elle s'évertue à me démontrer (par l'exemple et la simple affirmation) que tout se vaut, Mozart et les orchidées. Je me suis toujours insurgé là-contre, car les bons jardiniers se comptent par millions Dieu merci, mais n'y eut et n'y aura jamais qu'un Mozart.

    Cependant la notion du génie heurte ma démocratie. Je voudrais que les cons fussent tous mes égaux. De qui suis-je le con ? N'y a-t-il pas moyen de concilier supériorité avec fraternité, égalité ? c'est effrayant : à 36 ans déjà, les réflexions d'un gosse. J'ai juré sur le bord coupant d'une tombe de rester jeune, fou et con. Parole tenue, mais avec la vieillardise. Fin de la leçon. Laurent Naouri sait imiter Yves Montand. Mais il ne sait qui il est. Le mari de Nathalie Dessaye, voilà le secret.

    Ajaccio,Corse,SanguinairesIl était une fois. Se sauver au centre de tous les regards. Comme un professeur en sa chaire. Comme une vie à propulser, à postillonner sur tous à la fois. Monsieur de Chateaubriand logerait volontiers sur une île déserte, à condition que cette île fût en plein Paris. C'est d'une femme sur Chateaubriand. Les premières lueurs du couchant s'annoncent. Il ne reste plus d'or aux parois de mon crâne. Un vide bienfaisant. Toutes portes fermées sur le pot. Des mots fins ou autres, des anecdotes. Souvent le désert. Une aigreur épinglée par tous les critiques. Stalker nous a bien épinglés, nous autres.

    Ou bien le débagoulage des syllabes. Les noms propres égrenés jadis au moindre malaise, noms inventés, noms improbables. Élimination de nombreuses identités pour cause de malaise : ni celui-ci ni celui-là, mais en définitive moi. Une toile garnie de son frêle arthropode qui tisse au soleil, l'âme au milieu du ventre. « Il n'a rien appris, ni rien oublié » (au pluriel, de Talleyrand, sur les émigrés). Ma vie avec des pincettes. « J'ai évité de vivre ». Partout des références et partout des bouées. Quand je mourrai personne ne mourra. Dix-huit ans pour l'éternité. « C'est long, surtout vers la fin ».

    J'ai rabâché, j'ai donné, imposé. Ne pas oublier la vaisselle. Glachabron, Bourdienne, Sarmané. A la fin retomber sur soi. Ses papiers officiels. Il suffira de se mettre en bonnes dispositions, afin de mourir de bonne humeur. Il suffira de la chute, depuis un rebord de trottoir. Une roue passera sur toi. Sur le vélo de mon grand-père j'allais par les routes, à l'intérieur de mon périmètre. Mon nom et Bernard Collignon. Nous sommes 238 en France.

     

  • Sagesse et discussion

    2429.- Et quis homo esset, quilibet homo sit, cum sit homo ? ("Et qu'est-ce que l'homme, quel que soit cet homme, puisqu'il est homme ?")

    saint AUGUSTIN

    La station météorologique.JPG

    Confessions – IV I 1

    trad. Pierre de Labriolle

    2430.- L'unique bonheur est l'effort continu.

    Emile ZOLA – Les Rougon-Macquart – "Le Docteur Pascal" ch. IV

     

    2431.- L'effort doit trouver en soi sa récompense, l'œuvre étant toujours transitoire et restant quand même inachevée.

    Emile ZOLA

    Les Rougon-Macquart – Le Docteur Pascal ch. XII

     

    2432.- Et quant vous oyez dire que ung homme a prins une femme par force, croyez que ceste-femme-là luy a osté l'esperance de tous autres.

    Marguerite de NAVARRE

    L'Heptaméron – dans la bouche de Saffredent

     

    2433.- Dans une société saine, on ne devrait pas avoir besoin d'éducation sexuelle ; la question devrait être traitée librement, en famille, avant la période d'adolescence des enfants.

    A.S. NEILL

    La liberté, pas l'anarchie

    1. 5 "La sexualité" – "L'éducation sexuelle"

     

    1. - Après tout, qu'est-ce que la c[...] (?) offre ? La sécurité financière au prix de la stagnation mentale.
    2. ibid.
    3. 6 "L'influence sur l'enfant" – "La carrière future"

     

    2435 . - Il serait bon que les parents acquièrent quelque conscience de ce qu'ils sont réellement... des gens sous-développés et malheureux qui se drapent dans une autorité de mauvais goût qu'ils ne sont pas assez sage pour exercer comme il faut.

    1. Ibid.
    2. 7 "Problèmes de l'enfance" – "Les fessées"

    2436 . - Je suis sûr que toute l'histoire du complexe d'Œdipe n'aurait plus de raison d'être si les parents se conduisaient humainement avec leurs enfants. Les parents s'érigent en dieux de pacotille et veulent être craints, respectés, obéis ; comment s'étonner que la jeunesse devienne amère et se rebelle ? id. ibid. ch. 8 "Problèmes de l'adolescence" – "Le tabac"

     

    2437 . - Je soupçonne que ce qui vous tourmente le plus, c'est l'opinion de vos voisins et amis. Et je vous dis : au diable les voisins et les amis ! Si votre fille devient une femme malheureuse, ni les amis ni les voisins ne s'en soucieront et ne s'embarrasseront de son chagrin ou du vôtre. La moitié des enfants du monde sont sacrifiés à l'opinion des voisins.

    A.S. NEILL

    La liberté, pas l'anarchie

    1. 8 "Problèmes de l'adolescence" – "Le maquillage"

     

    1. - Seul un plébiscite des femmes mariées et célibataires devrait déterminer si l'on doit continuer à punir l'avortement comme un crime. Mais il est vrai que les femmes ont été si conditionnées elles aussi, que je pense que la majorité d'entre elles seraient contre l'avortement légal.
    2. ibid.
    3. 9 "Causes de tensions familiales" – "Les enfants adoptés"

     

    2439 . - Rien n'est plus fréquent dans l'histoire du monde que de voir des utopies devenir des réalités.

    Régine PERNOUD

    Pour en finir avec le Moyen Âge

    1. IV "Torpeur et barbarie"

     

     

    2440 . - Si l'on ne se rend pas compte de sa propre dépravation, cette inconscience est la pire de toutes les dépravations.

    Ronald LAING

    La politique de la famille - 2e partie -

    4.- "Régles et métarègles"

  • La femme de trente ans

     

    Meilleurs vœux à tous. Fröhlicher Rutsch ins neue Jahr. “La Femme de trente ans” de Balzac fera les frais de nos pensées. Bizarre; bizarre, d'aller ainsi déterrer, alors qu'il paraît tant de choses. Mais justement, il ne paraît rien, et Balzac est éternel. “La femme de trente ans” n'est pas l'histoire d'une femme qui renonce, c'est celle d'une femme à qui n'arrive que des malheurs, des super-tuiles, pour n'avoir su refréner ses passions. Que ce soit avec son père, son mari, son amant, ses enfants, elle ne peut qu'échouer. Tout est recommencement. Balzac inlassablement reprend une introduction, décrit les détails, lance une intrigue, se laisse aller aux échevèlements : on trouve un officier de l'Empereur, un pirate qui tue, une mère qui crève en roulant des yeux.

    Puis, passé le malheur, la mort ou la tempête, tout tourne court. Tout fonctionne par secousses électriques : un flash sur tel épisode, “dix années passèrent”, un flash sur tel autre, “cinq ans plus tard” - chacun de ces épisodes éclairs visant à démontrer la constance, l'acharnement de Dieu ou des lois naturelles à toujours punir de la même façon celle qui une fois s'est rebellée contre l'ordre providentiel. Le lecteur éprouve l'impression de kaléidoscope, dont la seule unité est le fort personnage de Julie d'Aiglemont, réincarnée dans sa fille. Contraste saisissant avec “Le Lys dans la vallée”, où Félix de Vandenesse béait aux pieds de sa Mortsauf ; le frère de ce Félix détruit le respect d'une fille envers sa mère.

    Météo sanguinaire.JPG

    Sa mère a dépassé trente ans depuis longtemps et meurt. Cela commence par une scène, de parade militaire. Tout est amoureusement décrit, la mécanique de la revue, le fringant de l'officier, le battement de cœur d'une fillette de seize ans qui serre convulsivement le bras de son père mourant. Tu veux cet officier ? Tu l'auras. Mais je prédis qu'il ne sait pas baiser, qu'il est toujours joyeux, toujours creux, toujours vide, la caricature du militaire. A présent débrouille-toi ma fille, ton destin est scellé, rue de Rivoli. Ton père mourra, tu lui échappes, il n'a rien pu t'inculquer, il fut sans défense devant ta beauté, ton œil noir et tes seins bandés.

    Comment Balzac a-t-il connu cela ? Il a été femme ; il a su les humeurs de ces êtres, bien plus lointains aux temps où tout les séparait de l'homme, où leur tribu n'était pas encore envahie par le sirop Teisseire. Elles étaient sensibles encore à l'uniforme. Elles faisaient des dialogues, et l'espoir brillait dans leurs yeux. Et les pères se tenaient discrètement en arrière. La tyrannie n'a existé que par à-coups. La bourgeoisie du cœur humain s'est toujours exprimée, les souffrances demeurent d'âge en âge, et Napoléon n'est guère lointain, et nous ne faisons plus de parades fascistes.

    Inoubliable premier tableau, sous le signe du pourpre ! Non, ce n'est pas une variété de pieuvre.

    VANDEKEEN “LUMIERES, LUMIERES”

    BALZAC “LA FEMME DE TRENTE ANS” 41 01 04 II

     

     

     

    Nous divaguons sur “La Femme de trente ans” de Balzac. Nous feuilletons les pages, nous états-second/s. En ce temps-là, nous avions des lanciers polonais, nous bousculions toute l'Europe. La musique frémissait, le silence lui-même retentissait de gloire. Et nom de Dieu, c'est comme si nous étions là, juste avant que l'Empereur, ce con envoyé par nous-mêmes, ne se ruât sur la Russie, sur une proie trop grosse pour son ventre grassouillet. Sinistres auspices, ô petite reine de seize ans ! Irons-nous beaucoup plus loin ? Lisons :

    “Cet officier montait un superbe cheval noir, et se faisait distinguer, au sein de cette multitude chamarrée, par le bel uniforme bleu de ciel des officiers d'ordonnance de l'empereur. Ses broderies pétillaient si vivement au soleil, et l'aigrette de son schako étroit et long en recevait de si fortes lueurs, que les spectateurs durent le comparer à un feu follet, à une âme invisible chargée par l'empereur d'animer, de conduire ces bataillons dont les armes ondoyantes jetaient des flammes, quand, sur un seul signe de ses yeux, ils se brisaient, se rassemblaient, tournoyaient comme les ondes d'un gouffre, ou passaient devant lui comme ces lames longues, droites et hautes que l'Océan courroucé dirige sur ses rivages.”

    Voilà une description de l'homme qui plaît. Bizarre : l'aspect n'est que le reflet de l'âme et des capacités. Nous jugeons encore sur la mine. “Que si un homme me présente un côté crétin, puès, approchons-le par ce côté.” La mine est un miroir de l'homme. Quitte à l'approfondir. Et de ce père qui entraîne sa trop jeune fille, de cette fillette enamourée à l'excès, nous savons qui désormais incarne le pressentiment bien fondé de la vieillesse. Le ver est dans le fruit. Le fruit sera rongé. L'homme qui souffre a raison face au dédain des jeunes personnes, qui voient mourir sans un regret l'encombrant rejeton des générations précédentes.

    C'est la même histoire de puis Molière, et nul gendre futur ne trouve grâce aux yeux du père. Et puis voilà. Saute dans le temps. Nous voici, forcément, au milieu de la Touraine, et vogue pour une autre description, pour un autre début de roman. Un amant rôde, nous sommes à la campagne, la femme fut abandonnée. Notre titillation romanesque se met en branle, ce qu'avait dit le père se vérifie. Le roman mal bâti ? Plusieurs départs ? Qu'importe ! Nous voulons la misère du monde, nous voulons être flattés, nous le serons, nous l'aurons. Roule, Balzac. Décris-nosu Vouvray.

    Sois hors sujet. Prouve-nous que tout est dans le sujet, que tout s'y ramène. Digresse et charme-nous. L'homme n'a pas encore trompé sa femme. Mais tout y mène. La femme est mal baisée, c'est un début. Elle reste insensible aux charmes de la Touraine : mauvais signe. Et puis, entre temps, voyez-vous, l'Empire s'est écroulé.

    Ces Anglais sont partout, beaux, jeunes, blonds, le teint rose. Et les destinées suivent, cahin-caha. Rien à voir avec la France de Balladur. Des choses changent – en ce temps-là, parfois, les choses changeaient. Des hommes passaient, d'autres étaient jaloux d'eux.

    Ils étaient militaires. Les mèches partaient vite. On se battait encore pour des femmes. On montait à cheval. C'était le romantisme. La vie n'était pas confisquée par Poivre d'Arvor. Il y avait encore des restes de Louis XVI. Toutes les époques s'étaient mêlées. Vous en apprendrez plus sur l'histoire de votre pays en lisant les romans. Et les vieux une fois de plus savaient tout. Reviendra-t-on aux temps de l'ordre ? Entre la tante du militaire et la jeune femme du militaire vont se nouer les liens d'une amitié de mère à fille qui toujours émerveillent chez ce gros homme, Balzac; le même qui voulait faire fortune en cultivant des ananas en plein Paris, le même connaissait les âmes des femmes.

    C'est la Comtesse de Berny qui lui a tout dit. Que c'est étrange, un homme qui n'est pas misogyne. Ça existait donc ? Et la vieille apprivoise la jeune. En ce temps-là, les romans traitaient de psychologie. Tout vous était expliqué, il n'y avait pas de revolver, et l'on se disait : Oui, c'est bien cela, c'est bien ainsi que les choses se passent dans l'âme. Des âmes toutes feutrées, à qui l'on n'avait pas fait croire qu'elles pouvaient être violentes gratuitement, ou quoi que ce fût gratuitement. Il y avait dans les romans des crépuscules, des femmes au bord de la fenêtre, et des cavaliers qui passaient dans l'ombre.

  • Que n'ai-je pas lu mon Dieu mon Dieu...

    Je n'aime pas revenir sur mes anciennes lectures, fussent-elles complètement oubliées, depuis 2007 (54 Nouveau Style). Nicole Humbrecht, que je rechercherai sur Google, se livre à une critique d'Aristide Dey, ce qui prouve l'impossible du salut individuel. A moins que le moi ne soit qu'un composé de moi antérieurs. Qui tel un liquide fluidifierait d'une âme à l'autre. "Plus qu'une histoire de la sorcellerie limitée au Comté de Bourgogne, c'est un schéma au niveau national que tente d'expliquer A. Dey" : Comté diffère de Duché, comme Vesoul et Pontarlier de Dijon. "avec l'étude des mécanismes qui ont favorisé son extension tant sur le plan sociologique, comme la misère des paysans, que sur le plan politique, la toute puissance de l'Eglise". J'enseigne, et je suis enseigné : il existait deux entités bourguignonnes, mais, chère Nicole, église au sens social prend une majuscule. Rien d'autre n'est original dans cette amorce. Nous avons lu de semblables choses concernant le Bazadais. La correction n'a pas été faite : il est question plus tôt du "comté Bourgonge", sic. "L'appareil judiciaire qui fut mis en place pour réprimer cette épidémie y est aussi judicieusement analysé." Ne nous étonnons pas, nos mécanismes sont restés les mêmes, et nos mentalités se manipulent encore en toute hystérie. Le cerveau est matière fragile.

    La rambarde et le golfe.JPGNous parions volontiers que Nicole a ici gagné ses galons de bonne élève, sous la supervision de l'omniprésent Olivier Husson. Vérifions : elle appartient à la société des psychanalystes de Paris. Rien ne me renseigne sur sa vie. Elle écrivit (et je la lis) dans cette revue "Frénésies" traitant de la folie féminine, dont la sorcellerie fut une composante fantasmatique de la plus dévastatrice puissance. Les hommes en furent aussi victimes. La vie sauve en ces temps reculés dépendait d'un conformisme sans faille, voire intériorisé. "Des nombreux points forts de l'ouvrage, nous avons noté surtout les référenes à la maladie mentale, et son évolution à l'époque" : laquelle ?

    Ce n'est pas au Moyen Âge, contrairement aux idées reçues, mais aux XVIe et XVIIe siècle, que la raison fut le plus persécutée, tant elle était effrayante : Renaissance et Classicisme d'un côté, superstition meurtrière de l'autre, en réplique. "Après avoir cité Esquirol" (1772-1840) "(Dictionnaire des Sciences Médicales), il reprend sa thèse en nous indiquant que les sorciers et sorcières agissent sous l'influence de l'obsession d'une idée fixe altérant les fonctions du cerveau :" - c'est ainsi que nos braves soviétiques expédièrent les chamans dans les asiles ; mais je ne sache point que les chamans allumassent des buchers) -"la justice ne frappant alors que des victimes innocentes et résignées".

    Dirions-nous "hébétées" ? N'y aurait-il donc existé aucunes protestations, aucunes scènes de désespoir, avec invectives et malédictions ? "Les pauvres victimes ne sont le jouet que d'hallucinations collectives et de contagion" : ils seraient donc le jouet d'autres choses ? il faut dire, Nicole, "ne sont que le jouet", "poussées par le désir de sortir d'un monde de misère par la porte du fantastique". Mais d'une part, la croyance des inquisiteurs ne relevait pas d'une autre épidémie que la leur ; d'autre part, la notion de fantastique ne correspond à rien pour ces juges et victimes, ou plus exactement ces deux sortes de victimes (les unes tuent, les autres s'imaginent nuire).

    Il faudrait distinguer les sorciers et cières avérés, se revendiquan tels ou telles, et les sorciers malgré eux, qui nient farouchement. C'était leur vie dans son ensemble, et la superstition ne sauve pas de la banalité ou de la misère, elle n'en est qu'un aspect. "Mais raisonner de la sorte, c'était sans compter le pouvoir ecclésiastique et médical." Même en faisant d'ailleurs intervenir ces critères, c'est rabattre sur la trop simple dialectique sociologie ce qui est substrat d'un imaginaire collectif. Il serait fallacieux d'attribuer à la Faculté ou à l'Eglise le dessein conscient, formulé, de diviser pour régner par la terreur. Tous ici s'engluaient dans le même tourbillon.

    "L'Eglise" (nous rétablissons la majuscule : décidément, perseverare diabolicum) refusant de laisser échapper ses "ouailles" se fit plus rigoureuse" - mais elles ne s'en étaient absolument jamais "échappées " ! ah, Nicole...

  • Purée antique et moderne

    Les fauteuils.JPGSuivent cinq vers touffus comme des taillis : "Qui voit à cheval Majorien méprise le fils de Léda, Ledaeum spernit" : d'abord, "Majorien" ne figure pas dans le texte, mais "celui-ci" ; geste de l'orateur, que nous rendons par ce rappel. Quant au "fils de Léda", c'est Castor, bien sûr, frère jumeau de Pollux, car nous quittons une référence mythologique pour une autre comme nous tomberions de Charybde en Scylla ; ce Castor fut et reste excellent cavalier, ainsi que "le jeune héros aimé de Sthénébée" – vous avez tous, amis cruciverbistes, reconnu le grand Bellérophon, tueur de monstres, "à qui l'antiquité accorde comme monture le cheval ailé", Pégase sans aucun doute ; ainsi plus tard saint Michel ou saint Georges triomphèrent-ils de leurs dragons respectifs. Bellérophon "triompha, dit-on, de la chimère de Lycie, supprimant d'un coup trois existences" – ah, pour le coup, notre érudition flanche, et nous nous passerons d'apprendre le nom de ces trois victimes : il est à supposer que la chimère était enceinte ou grosse, mi-animale mi-humaine. "Si les destins t'avaient fait naître alors, Vitam tum si tibi fata dedissent, intrépide Majorien, tu n'aurais pas permis que Castor connût les rênes" (de cheval), "Pollux le ceste" ("Castor et Pollux, le retour"), "Alcon les flèches" – esclaffez-vous, potaches : il existait bel et bien un héros affublé du noble nom d'Alcon, ancêtre d'Alcide alias Hercule, à moins que ce ne fût l'illustre athlète lui-même, "sur lequel ont couru maintes rimes légères" : en ces plaines arides hantées de carton-pâte, il faut bien que jeunesse s'amuse, et que vieillesse pouffe. YASS ! "tu aurais ridiculisé les trophées de Bellérophon", ce beau scalp de chimère ("Le scalp de la Chimère", beau titre) – c'était me dit sainte Wikipédie le fils de Glaucos et le petit-fils de Sisyphe, lequel engendra tous les Atrides.

    Après tout, ces embouteillages mythiques n'annoncent-ils pas les nôtres, encombrés de Démocratie, d'Egalité des chances et de Communauté internationale, mamelles imaginaires de nos logorrhées contemporaines. Pourquoi nous mentons-nous ? Ces grands noms usés, liés entre eux par tant d'inextricables liens de parenté, n'étaient-ils pas aussi riches en résonnances, en espoirs et méfiances, en sujets de dissertations, que nos concepts modernes ? Savons-nous de quels rêves étaient tissés les cerveaux anciens ? Ces éloges excessifs étaient passés dans les mœurs. Nul n'y prenait plus garde. Nous croyons encore fermement, bien que notre foi vacille, en nos idoles ; un jur viendra où nous n'y croirons plus : "Saisit-il le bouclier ? Il l'emporte sur le fils de Télamon" (le grand Ajax) qui défendit contre la torche d'Hector, qui (...) contra Hectoris ignem (...) defendit – au milieu des vaisseaux grecs, la flotte même d'Ulysse, malgré sa perfidie".