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Le Singe Vert - Page 24

  • Sexe et ventre

    Je crains profondément désormais tout acte sexuel : comment peut-on se montrer jamais à la hauteur du désir d'une femme, de ce qu'elle se sent en droit d'exiger ? "Ça n'te vient pas à l'idée que j'peux aussi avoir des b'soins ?" glapissait une actrice (repoussante, mais infiniment préférable aux répugnantes restriction de Mme G. sur papier parfumé : « À 70 ans, rendez-vous compte, il a encore besoin de ça" – comme on a envie de chier, n'est-ce pas, de faire ses besoins). Le sexe répugnant, ou obligatoire. Arielle et Benoît partent souvent fumer dans le jardin clos de Pascaline. « Peut-on vivre sans vie sexuelle ? » demandait Benoît ; inondé de Dunhill for Men, haleine rectifiées aux pastilles de menthe.

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    Comment puis-je désirer ce vaste abdomen d'homme, sanglé sous la ceinture par d'ignobles chemises à carreaux, dont le ventre dégouline comme un goître ? Sa main effleure mon épaule tandis que je déchiffre, assis, ses partitions. Je le dis à Djanem qui s'indigne, à bon marché, et à tort, de mes nombreuses conquêtes des deux sexes (cliché du Noir à braguette ouverte, sexe latéral en tissu très doux ; nombre incalculable de femmes branlées devant cette photo. Et moi-même… (Ce serait mieux avec un Noir. Pas tout à fait un homme. Abjection raciste).

     

    DERNIER ÉPISODE

    Invité à Dieu sait quel entretien confus, à l'église, où des chrétiens dans l'ombre s'entretiennent de vieilles choses d'amour et de poussière : aide aux déshérités de Port-au-Prince, bonnes œuvres de part et d'autre. Projections, conférences et comptes-rendus. Les ponctuations d'orgue prodiguées de la tribune par Benoît, d'abord du Bach aux BWV barbares, au centre du débat quelques mesures encore, et dispersion sur fond d'improvisations. Torrents et dégoulinades. Je suis arrivé trop tard, aux premiers fidèles descendant le perron extérieur, Asiatiques, tandis que Benoît descendu sur terre devisait parmi ses amis. "Ne t'avais-je pas dit" (délaissant ses disciples) "que c'était à huit heures ?" Je détournai, n'étant sorti de chez moi qu'à neuf heures, m'étant fourvoyé par la Barrière de Plassac : "Je trouverai un raccourci" - pari hasardeux en pleine nuit.

    A droite, à gauche, angles droits, angles rentrants – je tourne en rond. Descendu de voiture dans le froid, plan illisible sous les réverbères. Mon premier passant est un Espagnol, incapable de dire "à droite" ou "gauche" autrement que par la direction des mains. Mon second est anglo-saxon, l'haleine aux vins de France : « C'est très loin, paw-là, one kilometer ». Beau raccourci. Je longeais les murs, revenais sur mes pas, sans me presser désormais. Lorsque je suis entré à St-Niklaus, je fus saisi par le berceau de voûte orné de motifs picturaux, tandis que les arceaux se succédaient, coupés à la corde par de minces barres de fer rouillé. Mes regards s'abaissèrent sur ce groupe feutré de bigots et gotes.

    Je me suis présenté sous mon vrai nom, j'ai serré sa main molle à Benoît qui répétait « C' est fini ». J'étais gelé. Ses interlocuteurs se sont éloignés, et je suis resté seul, m'informant sur ses jeux : « 8-4-2, 2-2, rien que de très classique". Je n'y connais rien. Il se refond à la dizaine de fidèles qui l'accompagnaient. Il n'était pas coupé de tout contact humain. Il faisait le charme d'une compagnie, confiant peut-être que je diffusais ses œuvres à l'antenne. Il ne m'avait pas écouté ce soir-là, solllicité par ou noyé dans ses répétitions. Il priait son Dieu. Plus tard, il me rejoignit sur une place sous la lampe où je m'étais perdu plan en main tu ne peux pas m'aider lui dis-je, il me quitta pour son chez-soi de son pas corpulent. Je ne suis pas responsable de lui. La pitié ne doit pas me guider. Ma mission n'est que d'observer, d'imaginer sa gloire pour ne pas perdre mon temps, alors que, n'est-ce pas, "c'est le temps qui nous perd".

    J'étais content d'avoir appris cela, sans plus me croire obligé de combler à moi seul notre vide ou nos vies intérieurs.

  • Pédale or not pédale ?

    Souvent je pisse avant de partir, afin de marquer en quelque sorte mon territoire. Afin de lui toucher la main après avoir touché mon sexe. Mon émission radiophonique après tout, en ouverture de laquelle je diffuse ses gargouillis pianistiques, témoigne aussi d'une grande vanité, et d'un amateurisme incontestables, malgré mon grand art de tourner les pires incidents techniques en rigolades. En ce sens, Benoît m'instruit : nous aurons offert, l'un et l'autre, ce que nous pouvions de mieux, nos plus beaux cadeaux à la société, or, nul ne peut prévoir la bonne réception de ses cadeaux. Exemple : le temps moyen des consultations sur mon blog avoisine une seconde... Cela m'a achevé, car un nouveau décompte m'avait révélé que 135 consultations journalières sur 140 provenaient de robots. Je m'astreins donc à tout diffuser de Benoît, d'apporter ma pierre à son édifice, « car tu es responsable à jamais de celui que tu as apprivoisé ». "Tu ne feindras pas l'amitié". Je l'ai feinte, mais j'ai tout le temps feint. Ou faim. Il me semble d'ailleurs que tout le monde sait, au fond de lui, qu'il est irrémédiablement seul, même si tous lui affirment le contraire et leur soutien.

     

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    RECONSTRUCTION PAR LA MUSIQUE

    Benoît possède une grande priorité, une grande énergie du solfège, car il fut reçu premier à 16 ans au concours du Conservatoire. et je me perds souvent dans le fourré des cadences plagales et autres septièmes de dominante ; il faut avoir assidûment défriché les bosquets du Conservatoire. Benoît maîtrise donc à perfection sa théorie. Il éprouve, à son stade, l'impérieuse nécessité de reconstituer, de récrire à son propre usage, mesure après mesure et pour soi-même, toute la musique romantique : de la 32e sonate de Beethoven à La cathédrale engloutie. Toutes les règles sont respectées, quand le romantisme dit-on les bouscule. Benoît traite la liberté comme un dogme, corsète les élans (chercher des synonymes…) (« corsète les caribous »?)

    De respecter les règles. De s'en étayer. Il se remémore sa Méthode Rose, enfant sage auprès de sa mère. Les meilleurs moments de sa vie. N'aime pas être comparé à Robert Schumann, qui a fini en hôpital psychiatrique : quand un merle frappait à sa vitre, il lui parlait, comme un enfant à un petit enfant.

     

    HOMOSEXUALITE LATENTE OU LA TANTE

    « C'est intolérable, il me prend pour un pédé » - confiait-il à Ma Femme. "Prendre pour" ? mais n'a-t-il pas montré une profonde émotion quand je lui ai révélé - par désœuvrement - que j'étais amoureux. Les précautionneuses vocalises qu'il a prises pour demander si c'était d'un homme ou d'une femme en révélèrent bien plus qu'il n'eût voulu. Bien sûr il était amoureux de moi. J'ai toujours trouvé très réconfortant d'être aimé par des hommes : à condition de pouvoir refuser. Une femme ne refuse pas. .. qu'on l'aime. Son refus s'inscrit toujours plus bas dans l'échelle : niveau cul.

    MA REPUGNANCE

    Benoît m'écrit un certain jour qu'il aimerait me dire quelque chose, mais qu'il n'ose pas. Chacun traduit sans difficulté. Une fois déjà il me proposait de se faire un bisou sur la joue. Ou de visionner, ensemble, des films pornographiques. L'idée que nous pourrions nous tripoter la bite côte à côte en se roulant es pelles me révulse jusqu'au fin fond du trou du cul. Trop gros, trop niais, trop con. De même le fils P., à dix ans : trop gras, trop gâté (il faut bien voir en soi ce que l'on peut trouver de plus répugnant ; car si tu veux trouver le pardon, si déplacé que puisse ici paraître le tutoiement, il te faut pardonner aussi leurs imperfections aux autres, ou bien que tu sois tout aussi pourri qu'eux-mêmes.)

    DANS MA VIE, J'AI ESSENTIELLEMENT ÉCRIT DES CONNERIES

  • Le grillé du foyon

    Pied, touriste et guérite.JPG

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  • Grande galerie du château de Schönbrünn

    Les cheveux relevés.JPG


                Carte postale doublement difficile à décrire, car minuscule, faisant partie de

    ces innommables dépliants vendus sur place dans les lieux saints sans jamais se faire admirer plus

    tard. Une espèce d'abrégé miniaturisé. Sur un rectangle de 6cm sur 10, un vaste salon doré, baroque donc surchargé, la Grande Galerie du château de Schönbrunn, , vu jadis. Perspective furieusement raccourcie de plancher surfrotté, deux caisson et demi de plafond enstucké à mort, et sur les deux un stérile face-à-face de baies crémeuses et de miroirs à la Versailles supposons-nous. Entre deux fenêtres ou glaces de petits sièges blancs sans dossier, où personne ne va s'assoir, crainte de titiller le courroux des gardes. Un lustre décentré, dans l'angle droit du fond, que ferment deux portes blanches.   

        Une atmosphère d'abandon vicié, où ne rôdent même plus les amples robes et les jarrets serrés des seigneurs et dames, tant l'asepsie et le respect sont parvenus à momifier cet espace trop haut. Plus de musique. Des échos de pharaons, des pas précautionneux sur le bois « au point de Hongrie », plus brillant à droite qu'à gauche, reflétant aussi les impeccables vitres : « momifications de reflets ». Le caisson du milieu mériterait que nous nous y attardassions, n'était l'exiguïté du cadre

    et l'aplatissement perspectival, évoquant le procédé des anamorphoses. Le traverse de haut en bas le

    câble de sustentation du lustre, ancré sur la digue de stuc du plafond. Seule ligne droite et noire,

    contrastant avec l'incontinence pâtissière des courbes  ou plus précisément d'incurvations, toutes

    encombrées de ramifications plaquées or.
        
        Et que pouvait donc bien chauffer, au ras du parquet, cette mesquine cheminée garnie d'un

    pare-feu ? Tout ici écrase, la perspective trapue, le jeu des ivoires et des ors, vains éblouissements...

  • Personnages en quête de jalousie

    Arielle n'est plus jalouse, depuis que Te-Anaa quitta son pavillon de Martignac, où j'aurais pu (paraît-il !) m'introduire avec la clef disposée sous le store. Ce qui me fut proposé, mais que je n'ai jamais fait. J'avais mon paquet de préservatifs, intact, en poche. En revenant, je le jetais intact, très cher, dans un caniveau. Il faudrait un autre roman sur Te-Anaa, une autre histoire d'amour. Histoire d'un cabinet fantôme. Lazarus éprouve du dépit que je sois resté avec elle : “Tu n'as pas été le premier, ni le dernier” - si. Justement.

     

    X

    Je viens chercher Djanem à son travail ; une fois, nous nous sommes ratés, attendant chacun de notre côté. Lazarus m'a vu en voiture, assis sur un rebord alors qu'il se rend lui-même à un meeting de la LCR : piètres jouissances politiques. Je lui fais mes confidences. Il me conseille de tout plaquer au bout de trois mois. Sur sa maîtresse à lui, il exige le secret le plus absolu. Depuis, sa propre femme me l'a révélée. Il aurait même une seconde maîtresse. Lorsque je me confie à lui, j'ai l'impression de me trahir. De me salir. Quel rôle attend-il de moi ? je n'offre plus rien.

     

    X

    Je n'ai jamais montré la photo d'Ariel à Djanem. Djanem écrit sur son blog des textes poétiques - critiques éléphantesques de Lazarus, crise de Djanem. Preuve qu'elle est allée beaucoup plus loin avec lui qu'elle ne veut l'avouer. Elle n'écrit plus et c'est dommage. Cependant, le fait qu'elle se soit vantée de conserver la même écriture depuis quinze ans et demi a de quoi me laisser perplexe.

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    Djanem n'est pas mûre. Nous ne le serons jamais. Chez Djanem, le sceau du refus de l'étude, la Marque du prolétaire, demeure à jamais indélébile, indécrottable. Je parle aussi de moi en pleine connaissance de cause ; Arielle et moi déclassés, disqualifiés : caste autoproclamée supérieure, mais caste tout de même. Elle et moi connaissons le dessous des cartes. Nos effusions pourraient s'interrompre, comme une obscénité. L'ironie pourrait mal voiler le mépris, entre nous peut-être, ou de soi à soi ce qui est pire.Entre nous ce millefeuilles indéfiniment remâché : chaque jour, chaque mot, en engendre d'autres, ainsi de suite à l'infini. Arielle devient d'une maigreur et d'une flétrissure effrayantes. Si l'opération n'a pas provoqué chez elle un implacable dépérissement.