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Le Singe Vert - Page 30

  • Embarquement au pays des rêves

    53 08 30
    A
    Je combats contre moi-même, l’un d’entre moi ayant feint de recevoir de l’autre des propos antisémites. C’est un troisième moi-même qui l’a exigé. Le moins fort (le prétendu juif) se relève et inflige finalement à l’autre une raclée. Cela se passe sur une place entre deux maisons de style « décor de théâtre » à la Chirico. Beaucoup de cris, d’appréhensions, de spectateurs dont pas mal de femmes.
     
    Les ours et la poupée, plus Bécassine.JPGB
    Avec Max et Sonia dans une tour circulaire. Sonia lit, ou tricote, ou joue (jeu vidéo) et l’ascenseur ne peut contenir que deux personnes (Sonia y est allergique). Je veux montrer que je connais bien la tour, d’abord au quatrième, puis au sommet. En arrivant seul au 4è, j’ai vu de dos un gardien qui faisait la ronde et me plaquait contre le mur. Le jeu consistait à faire bien du bruit (en pleine nuit) pour gêner les locataires. Mais cela aura attiré le gardien et son chien, qui seront allés cueillir les passagers de l’ascenseur. Il vaudrait mieux battre en retraite. Mais je me réveille.
     
     
    53 09 03
    En voiture, ma famille retrouve un immeuble aux Mureaux, que je croyais à droite de la grande avenue, mais qui se trouve en fait à gauche. Habite là une autre famille dont je dois épouser la fille. Ce n’est pas tellement à moi que l’on fait attention, mais à ceux qui m’accompagnent (ma fille ? ma mère ? Annie ?) car j’essaye d’être le plus neutre et le plus aimable possible. Au repas, je fêle un verre puis le casse. Le futur beau-père est bon enfant, parle sans cesse. Il a une petite moustache, une voix haut perchée, il semble bien blaireau « fasciste modéré ». Il ressemble au père de Montanari. La mère est une petite boulotte vive, elle a cuisiné, celles qui m’accompagnent sont allées discuter avec elle à la cuisine. La mère donc parle d’accent, de patois, et révèle qu’elle est d’origine vénézuélienne. Je n’ose ramener mon espagnol, sinon elle va me surpasser, évidemment. Elle dit s’être bien adaptée ici en France, la région ressemble à la sienne, dans les deux cas il y a un delta orienté vers le nord, avec une ville sur la côte. Quant à ma prétendue fiancée, je ne l’aurai pas vue.

  • Le gros Zimprézario

    Le biberon des pieds.JPGIl paie bien. L'homme aussi trouve son compte aux relations qu'on appelle "machistes" : la femme
    protège l'homme.
    De l'autre côté de la table à café grouillent le gros Arabe et son bourbon : "Je
    m'appelle Ben Zaf, "Fils du Vent" - « Fils de Plus » rectifie le médecin. Abdel lui jette un
    œil noir :
    « 
    Je prends 20%. Vous exposerez ici dans mon bar, quels espaces désirez-vous occuper ? lit de gravier,
    rigole de galets ?"
    Le bar est immense. Une structure en bois sur pilotis, face au port de La Teste
    envasé 14h/24. Pinasses sur le flanc. La salle en contient une, fine, briquée au brou de noix, suspendue
    niveau mezzanine, laquelle prend trois murs sur quatre. Sous la quille, le bar en
    spina (ce long mur de
    séparation des cirques romains) où se perchent spectateurs téméraires et serveurs. Et de partout,
    Gironde, Rhône, Aveyron, viennent des peintres et des sculpteurs pour profiter de l'air du Bassin
    et du brai de calfatage. Ben Zaf halète, boit peu, tend à bout de bras des contrats que chacun signe
    et signe. Les exposants occupent de grands pans de murs près du bar, ou de hautes surfaces boisées
    tenant les deux étages, quoi qu'il soit impossible d'accéder à bord même de la pinasse, qui
    tomberait et fracasserait tout.
    Ben Zaf se vante d'une excellente idée : ajouter un swing à fendre les tympans, avec un grand
    piano au fond et son
    big band de quinquagénaires ou plus, hilares sur la photo, "pour le vernissage".
    Pour l'instant, les oreilles de Maatz et de sa grue se font déchiqueter par une salsa sauvage à peu
    près aussi mélodieuse que du verre pilé au fond d'une lessiveuse. Mais 20 % de réduction poussent
    à l'indulgence, et crier pour s'entendre rend jovial. Pour l'instant les buts du Dr Pascal sont encore
    obscurs.

  • Thèmes de Gracq

    Deuxième thème : C'est l'infiniment grand qui me fascine. Cher Julien Gracq, c'est l'infiniment étriqué qui me ronge. Les vastes paysages où l'on respire, où la ligne des conifères moutonne à l'horizon, me semblent une inadéquation, une usurpation, une fausseté. Pour nous qui ne possédons aucune de ces qualités qui forcent l'admiration. Nous qui baignons dans la palpitation inquiète (l'ai-je bien descendu ? suis-je suffisamment bon sur scène ? suis-je aimé ? me suis-je bien suffisamment contourné, déformé, conformé, ridiculisé – pour être aimé ? ) - nous sentons que ces étendues-là ne sont pas pour nous, ne nous correspondent pas, ne nous parlent plus, ne font que nous promettre ce que jamais nous n'aurions le cœur ni le goût d'atteindre, et qu'après avoir contemplé les immenses dunes landaises ou les confins arctiques, devoir revenir dans nos petites chambres ou regueuler devant les chefs et les esclaves seraient des trahisons immondes.
    Certains sont petits. Infects. Rancuniers. Ce qui nous plaît ce sont les banlieues, les bourgades, les pavillons autour de Bourg-en-Bresse et de Moulins, ces zones où habitent les petites gens, celles que vous semblez mépriser, vous autres albatros, où l'on vous méprise aussi car lire ne sert à rien. Ces bas-côtés détrempés de nationales où gisent les paquets de clopes, ces pavillons Mon rêve où grognent les chiens puceux, ces petits jardins avortés de nains et de canards en plastique. Et lorsqu'on a marché durant deux ou trois heures et qu'épuisé l'on parvient enfin en bordure de ce qui pourrait prétendre au rang de paysage, lisière de forêt, échappée de prairie, le Puy de Sancy neigeux dans le lointain, c'est l'heure de rentrer : on a déjà trop longtemps marché, peiné dans le gravillon, tordu ses pieds entre les pavillons de lotissements.
    La chambre d'hôtel ou la femme au foyer vous attendent, et il ne faut pas faire souffrir autour de soi. Alors vos grand vents, vos embruns et vos Sahara, qu'ils soient réservés à leurs découvreurs, que ces derniers se les soient appropriés dans leurs immenses espaces internes de St-Florent-le-Vieil, qu'ils demeurent donc loin de moi avec leurs paysages. Moi quand j'ai fini de regarder Ushuaïa, c'est l'heure de sortir la poubelle et personne ne le fera à ma place. Ce goût de l'immense impose quelques procédures. C'est cela, M. Lapouge : entrons un peu dans l'arrière-cuisine. C'est que, réflexion faite, moi aussi j'éprouve mes petites grandeurs. Non pas entre mes rebords de grillages, mais dans mes petites églises à bondieuseries, d'encaustique et d'encens, avec encore l'odeur des oraisons de la veille et leur ferveur, où je me parle, où je me prie en pensant que c'est Dieu.
    La vaisselle inférieure.JPGDans ces soliloques où je me fais parfois surprendre de derrière un pilier, une haie : là je vide mes sacs de haines et de ressentiments, devant précisément les étendues venteuses. Pourtant, comme vous, ce que je préfère ce sont les immenses sous-bois domaniaux : forêts d'Orléans, de Châteauroux, de Porqueyrolles. Seul. Quand il marche, et il marche beaucoup, sur « des routes désertes » et parmi « des bourgs perdus », Julien Gracq est à la recherche d'un point élevé qui lui permettra d'embrasser l'entièreté d'un panorama. Voilà toujours qui nous rapproche... Ce qui plaît tout de même dans sa biographie, c'est l'accessibilité des pays où il séjourna : Vendée, Massif Central, Ardennes.
    Les « bourgs perdus », nous les avons toujours adorés : ces murs, ces moëllons, ces vies mornes – j'imagine de récurrents dialogues de justification sur « ce que je foutais là », champs traversés, jardins côtoyés. Tout promeneur est nécessairement suspect, intrus, violateur de terrain privé. Il me faut ma haine fictive, des gens de qui me défier. Je marche pour me cacher, ils sont toujours plus ou moins là, les autres, los demàs, « ceux qui sont de trop ». Ce sont là des choses que Gracq ne mentionne pas, n'aime pas, ne pratique pas : ces autres haïs et redoutés, imaginés, désirés, toute femme, tout homme, tout humain, derrière les murs et les fenêtres murmurantes des villes nocturnes. Il est entre 22h et minuit, souvent plus. Et tous dorment ou s'endorment là, baisant, se taisant ou cuvant. Seul sous les lumignons auréolés de pluie fine je suspens mes pas et mon souffle et je reconstitue les hommes. Captivé quant à lui par les liens qui maintiennent ensemble les différents éléments du paysage, Julien Gracq est toujours en quête d'un mamelon, d'un belvédère, d'un balcon. Nulle trace chez lui de cette jouissance de les avoir tous semés, ces salauds d'hommes. Où l'inintéressant paranoïaque ne s'oublie jamais, même seul, Julien Gracq se projette. Le paysage, il doit le dominer. Où le hargneux aspire à soi le paysage, révélation enfin entière de soi-même à soi, Julien Gracq, du bord extérieur du chemin de ronde, mêle ce qu'il contemple au dehors à ce qu'il contemple en lui-même. Au-dessus de Gracq je ne vois personne. Et je veux lire Un balcon en forêt avant de mourir. L'obéissance à soi, aussi, est un engagement. En vérité, toutplutôt que le « pense comme moi sinon t'es con ». Toujours, vu d'un point haut – admire quel raccourci de syllabes – la perspective des collines s'emmêle – il ne cherche pas l'unitébon point, bon point – les petites routes sinuent par monts et par vaux pleines d'insouciance et de paresse – nous n'avons pas cru voir pourtant de poésie, nous étant contenté de nous gaver d'air et de grandes formes, avant le retour au brouet d'avant. Tel le joli chemin d'écolier, buissonnier et soudain un peu féerique qui va de Marciac à Éauze, et passe par Lupiac en vue du Castel de d'Artagnan. Je connais ces endroits-là, où Gracq voit plus que moi.
    Le cœur de Gascogne dégage souvent de ces débouchés de crêtes, de ces infinies ampleurs. Même les arbres et les bois, il aimerait les voir en les surplombant, non par-dessous. Pourquoi ne pas aimer non plus tenir les yeux à terre, pour ne pas buter, voir la feuille morte, traquer le déchet humain qui immanquablement marquera le passage antérieur de l'autre : pourquoi jeté là, pour qui naguère encore utile – ne voyez pas de présomption dans mon dialogue : se promener, se taire, nous devrions le faire. « Une terre de bataille » : Julien Gracq lui aussi se figurait des imminences. De grandes manœuvres à la Froissart. Des « enveloppements par l'aile ». De grandes persécutions de foules qui nous montreraient du doigt. Les textes de Gracq sont riches en références militaires. Annonçant peut-être des « Route de Flandres ».

  • Du côté d'Eddie Bellegueule

    Quand on ne sait pas, on la boucle. "Je ne sais pas" est la parole professorale, la phrase que les élèves préfèrent chez leur prof, "je ne sais pas" est la parole démocratique par excellence, celle qui permet de ne pas hurler avec les loups contre les immigrants qui se mettent les doigts dans le nez. Au moins taisez-vous. Approchez à votre rythme, choisissez, respectez-vous vous-mêmes, soit, mais ne dénigrez pas, ne dénigrez jamais personne, pas même les égoïstes. Au moins, fermez-là. Ah j'ai l'air fin avec ma morale à deux balles et ma sainteté Carambar. Je m'en fous. Poursuivons : "Je savais comment procéder. Tout était très codifié, déjà chez les enfants que nous étions. L'usage voulait que nous écrivions des lettres, c'était par ce moyen qu'il fallait aborder une fille.J'ai pris une feuille de papier et j'ai griffonné quelques mots, ou plutôt une longue déclaration d'amour sur plusieurs feuillets. Je concluais par une question de type Veux-tu sortir avec moi ? suivie de deux petits carrés sous lesquels j'avais écrit, sous l'un, Oui et, sous l'autre, Non, ayant même pris le soin, dans un post-scriptum, d'ajouter Coche la réponse que tu veux donner. Je suis allé la voir, j'ai traversé la cour et je lui ai tendu la lettre Tu me donneras la réponse. Cette phrase aussi, avec la lettre, faisait partie des codes.

    L'attente." Pour moi, la première lettre était dans la poche d'un garçon, qui m'a fui comme la peste ; la deuxième, c'est ma mère qui est tombée dessus et m'a engueulée parce que j'allais rencontrer à Bordeaux une étudiante tout de même plus intéressante que les filles de ploucs du bourg ; et la troisième, la fille l'a fait circuler dans toute la classe pour que tout le monde se foute bien de ma gueule. A chacun son paquet de haine, n'est-ce pas. Faut vivre avec. "Elle tardait à me répondre. Je constatais son hésitation, ses yeux qu'elle baissait lorsque je passais près d'elle. Je suis resté des jours sans un signe ni un mot. Je savais pourquoi elle ne répondait pas. Certaines fois j'aurais voulu non pas dire, seulement dire, mais crier à Laura au milieu de la cour, perché sur un banc, un arbre, qu'importe, lui crier qu'elle était lâche. Qu'elle ne voulait pas de moi parce que accepter ma proposition aurait signifié partager la honte avec moi." Ne t'en fais pas mon vieux, mon premier flirt était la plus moche, et comme on se foutait de moi lorsque j'étais tout seul, eh bien on s'est foutu de nous deux parce que c'était la plus moche avec le plus con.

    Dégâts.JPG

    Je dis le nom du bled, allez, Mussidan, c'est lâché, comme une merde. Vous savez, c'est difficile d'aimer l'humanité. Très facile en revanche de donner des conseils, voir plus haut. Bref !

    "J'ai insisté. J'ai fait d'autres lettres. Elle a finalement accepté.

    "Elle m'avait fait transmettre quelques mots par l'une de ses amies. Le rendez-vous était fixé dans le préau du collège en fin d'après-midi, après la classe et avant que chacun prenne les transports scolaires. C'est à cet endroit que se retrouvaient les couples pour s'embrasser chaque jour à la même heure. La pionne avait essayé de les chasser au début Vous vous croyez où, on n'embrasse pas comme ça, comme un spectacle. Ici vous êtes au collège puis elle s'était découragée." Pas un élément pour rattraper l'autre dans cette histoire, et ceci après l'an 2000. Pas la moindre issue dans ce monde de merde.

    "Laura m'attendait. Elle n'était pas seule. Le bruit s'était répandu et d'autres étaient présents pour assister à cette scène. Ils voulaient me voir embrasser une fille, voir si tout cela était vrai. Je me suis approché, muet et tremblant." Mais finalement, c'est la connerie de groupe qui est dénoncée, ici... Ah, mais voilà bien de la perspective qui s'ouvre pour nous, en retard ! "Je l'ai emnbrassée, j'ai posé mes lèvres contre les siennes avant de me rendre compte qu'elle essayait d'introduire sa langue dans ma bouche. Je me suis laissé faire; Le baiser a duré plusieurs minutes - je comptais les secondes, me demandant quand cela allait se terminer, si, en tant que garçon, je devais prendre l'initiative de mettre fun au baiser, prendre les commandes, ou attendre. Tout à la fois, je voulais que le baiser dure, je voulais que les autres le voient, le plus d'yeux possible, des foules, des hordes de collégiens." Hélas, Mathias, ça l'a plutôt débecté. Donc il n'était pas fait pour les filles, C trouducul FD. Vous allez lire cette cruelle chronique d'Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule. Ca vous apprendra que les gens sont méchants, surtout en groupe : soyez donc solidaires, mais aussi, solitaires.

  • Dévoiement

    TROISIEME DEVOIEMENT Voici la présentation d'un gros homme, Abdel Ben Zaf. Une tête rouge, une bouche
    constamment ouverte, comme un poisson sur la berge, et comme lui combien de temps à
    vivre ? Perpétuellement essoufflé, vif et hors d'haleine. Pascal Maatz, le docteur, fit sa
    connaissance à l'occasion d'une exposition de peintres : car le gros homme tient galerie, et
    le docteur veut persuader sa maîtresse autrefois pute, Héléna Bost 9 rue H., à présenter ses
    compositions au public. Naîtra entre ces deux hommes, le médecin bigot et le gros tenancier,
    une brève mais intense complicité, un de ces dévouements inexcusables entre deux êtres
    dissemblables, au nom de l'art.

    Dans la maisonnette.JPG

    Maatz lui parle donc ainsi : "Je veux que tu trouves belles, magnifiques, incomparables
    , les sculptures de mon "habitude" (il le tutoie d'emblée, lui explique brièvement ce qu'il
    entend par "habitude"). "Elle s'appelle Héléna Bost." Le gros patron, qui tient ce bar, où l'on
    expose, commande à travers la salle un "Bourbon Quatre Roses" pour lui et son client. Sa
    vitalité est épuisante - toujours haletant, toujours soufflant. Il boit peu vu son poids. Offre
    des orangeades avec ou sans whisky. Se trouve présente, pute et sculptrice, Héléna, pour
    son deuxième entretien. Il s'agit d'exposer ses sculptures. Elles sont laides. Pyramides,
    cubes et sphères plus ou moins emboîtés, plus ou moins lissés. Le gros Ben Zaf se
    montre enthousiaste !
    Une fois terminées les orangeades et le bourbon, tout est bon, consommé, signé.
    Héléna Bost a signé. La voilà tirée momentanément d'affaire, 2-74-03-05-61-0814.
    Elle sculptait déjà entre deux passes. Le petit studio près du lit à « deux places l'un
    dans l'autre » (elle avait de l'esprit) devenait minuscule. « Moi, je sculpte »
    précise-t-elle. « Les autres sont installateurs. Ils se servent de masses et de cailloux.
    Ce sont des étalagistes . » Héléna achète des cubes, les taille et les imbrique.
    Parfois les soude. Les critiques sont assassines : "L'esthétique du panier à salade"
    (Les Aventuriers). Parfois les critiques écrivent vraiment ce qu'ils pensent. Rien
    à dire en fait sur les sculptures de Héléna Bost.
    Pas de quoi se déchaîner. Ce qu'elle sculpte tient debout, se tient n'importe où,
    ça va avec tout, noir, blanc, gris. Le docteur Maatz l'encourage à ne pas déprimer.
    La médecine après tout devrait se tenir entre un laisser-faire naturaliste et le
    minimum interventionniste. Pascal Maatz est contre l'acharnement thérapeutique.
    Il porte sur lui un papier dans ce sens, dans son portefeuille : "Mourir dignement"
    . Mais il veut bien donner son foie, sa rate et son c
    œur (« ce qu'il en reste », dit-il)
    à la Science. Jamais le pieux docteur n'est parvenue à faire sculpter à sa maîtresse
    une Maternité, ni même une Pietà, en glaise (« ou italienne », ajoute-t-il) quoique
    certains disposent dans le creux d'un bois flotté une simple sphère portant un crâne
    bien rasé de nourrisson : "La Vierge", déclament-ils, "et son Enfant"
    (ou
    le yin et le yang)
    - Maatz ne dit rien de trop franc sur les sphères ou les
    pyramides (le style saint-sulpicien, du moins, peut se targuer de son antériorité :
    le docteur Maatz prie toujours devant sa Vierge bleue ; pas devant des cubes).
    L'amant de l'apprentie sculptrice est bon enfant.