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  • Mon Dieu que c'est agagaçant...

    La sangria.jpg...de ne pas avoir d'opinion précise sur ce cadavre encombrant. Sur cet homme qui revient se faire niquer les dents, à Kobané, chef-lieu mondial de la dentisterie. Sur ces pleureuses qui veulent la mort du modèle français. Sur ces manifestants aveugles, sur ces partisans de l'aide à tout prix qui cèderont leur emploi aux incompétents, lesquels payeront la taxe sur les baguettes de pain. Et les amitiés fluctuantes, toujours prêtes à déchaîner leur venin quelle que soit la minuscule divergence d'opinion manifestée. Je t'en foutrais moi de l'opinion ferme et claire. A signaler que le père du petit Kurde a supplié LES NATIONS ARABES, mon Dieu comme c'est bizarre, de rétablir la paix : ce ne seraient donc pas QUE les pourris d'Occidentaux de nous autres ? Dois-je à mon tour me saisir de ce petit cadavre pour le balancer à la gueule de tel ou tel ? Dois-je me joindre à ce concert de mouches à merde ? Quels amis vais-je perdre, et lesquels gagner ? Ah, c'est dur d'être un indécis. Une amie vient de décommander une visite. Notez, ça m'arrangeait, mais tout de même. Je vais faire les courses, tiens. Mon niveau de vie me le permet. Encore.

     

     

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  • Notifications anciennes

    Tout est momentanément effacé. Je m'appelle désormais der grüne Affe2 (c'est le même que le premier ; j'ai appris que "identification", "url", "nom de domaine", étaient synonymes. Si l'administration pouvait nous le dire, même si c'est pour eux "évident", ce serait mieux. Personnellement, sans que je puisse savoir pourquoi, j'ai encore accès à mon ancien "domaine", "dergruneaffe". Mais vous, vous pourrez encore me visiter. Voici une photo pour vous encourager. Soyez un peu plus nombreux, merci  !Ce tableau s'appelle "Embryon", il fut peint par ma femme Anne Jalevski pendant sa grossesse il y a ...longtemps. Exposer revient cher, ou expose à des humiliations innommables. Il faut être fort dans la vie, c'est la loi du plus fort qui règne, sous des masques divers et hypocrites. J'espère que son tableau vous plaira. Son domaine à elle, c'est jalehannne.hautetfort.com. Attention, trois fois "n". A + !

  • Les vautours de Quatorze (Lemaître, Au revoir là-haut)

    Les vautours font ripaille, les portefeuilles s'épaississent, Le court extrait à venir concerne le capitaine Pradelles, escroc très bien considéré dans les hautes sphères, qui s'entretient de finances avec la plus pure désinvolture :
        "La Commission d'adjudication des marchés publics se réunissait ce jour-là, elle était en conclave depuis quatorze heures. Grâce à ses interventions et à cent cinquante mille francs de dessous de table, Pradelle l'avait bétonnée : trois membres, dont deux à sa botte, devaient trancher sur les différentes propositions, décider en toute impartialité que la société Pradelle et Cie présentait le meilleur devis, que son spécimen de cercueil , déposé au magasin du Service des sépultures, était le plus conforme à la fois à la dignité des Français morts pour la patrie et aux finances de l'Etat. Moyennant quoi, Pradelle devait se voir attribuer plusieurs lots, une dizaine si tout allait bien. Peut-être davantage.
         - Et au ministère ?
        " Un large sourire s'épanouit sur le visage étroit de Jardin-Beaulieu," (c'est un petit bonhomme qui vendrait son âme au diable pour faire partie de la haute société pourrie) "il avait la réponse :
        " - L'affaire est dans le sac ! Le Singe Vert F.JPG

    Le Singe Vert F.JPG


        " - Oui, ça, je sais, cracha Pradelle, excédé. La question, c'est quand ?
        " Son souci n'était pas seulement lié aux délibérations de la Commission d'adjudication. Le Service de l'état-civil, des successions et des sépultures millitaires dépendant du ministère des Pensions était autorisé, en cas d'urgence ou s'il l'estimait nécessaire, à attribuer des marchés de gré à gré. Sans passer par un appel à concurrence." Barrière bien insuffisante, susceptible même d'attiser plus encore les convoitises. " Une vraie
    situation de monopole s'ouvrirait dans ce cas pour Pradelle et Cie qui pourrait facturer à peu près ce qu'il voudrait, jusqu'à cent trente francs par cadavre...
        " Pradelle affectait le détachement que les esprits supérieurs adoptent dans les circonstances les plus tendues, mais il était, en fait, d'une nervosité folle. A sa questin, Jardin-Beaulieu  n'avait jhélas pas encore de réponse. Son sourire s'effondra." C'est du Pagnol, carrément, du Topaze, en plus sinistre.
        " - On ne sait pas.
        " Il était livide. Pradelle détourna le regard, c'était le congédier. Jardin-Beaulieu battit en retraite, fit mine de reconnaître un membre du Jockey et se précipita piteusement à l'autre bout du vaste salon." Quand je vous disais qu'on s'amusait bien. "Pradelle le vit s'éloigner, il portait des talonnettes. S'il n'avait pas été miné par le complexe de sa petite taille, qui lui faisait perdre tout son sang-froid, il aurait été intelligent, dommage. Ce n'était pas pour cette qualité que Pradelle l'avait recruté dans son projet. Jardin-Beaulieu avait deux mérites inestimables : un père député et une fiancée sans le sou (sinon, qui aurait voulu d'un pareil nabot !), mais ravissante, une jeune fille très brune avec une jolie bouche que Jardin-Beaulieu devait épouser dans quelques mois. A la première présentation, Pradelle avait pressenti que cette fille souffrait en silence de cette alliance avantageuse qui discréditait sa beauté." J'aurais plutôt dit "désavantageuse", mais après tout, le fils d'un député... "Le genre de femme qui aurait besoin de revanches et, à la voir se déplacer dans le salon des Jardin-Beaulieu - Pradelle avait un oeil infaillible pour cela, comme pour les chevaux, disait-il -,il aurait parié qu'en s'y prenant bien, elle n'attendrait même pas la cérémonie.
        " Pradelle retourna à l'observation de son verre de fine, considérant pour la énième fois la stratégie à adopter.
        " Pour fabriquer autant de cercueils, il faudrait sous-traiter avec pas mal d'entreprises spécialisées, ce qui était rigoureusement interdit par le contrat avec l'Etat." La vie, la mort, le sperme, les asticots, la soupe est prête. "Mais si tout se passait normalement, personne n'irait y voir de plus près. Ce qui comptait - l'opinon était unanime -, c'était que le pays dispose, dans un délai décent, de jolis cimetières peu nombreux, mais très grands, permettant à tout un chacun de classer enfin cette guerre parmi les mauvais souvenirs." - et de se remettre à baiser pour la prochaine. Ceux qui n'aiment pas lire ont tort : ils se privent de la mathématique même de la vie, car les situations obéissent assurément à des schématisations caricaturales, mais qui représentent très bien la géométrie des rapports humains, dans toute leur simplissime puanteur ; la littérature dévoile tous les rouages, de même que l'algèbre permet d'envoyer, finalement, des sondes sur les comètes.

  • Au revoir là-haut


        Au revoir là-haut signifie "on se reverra là-haut, au ciel, et sans grandes chances de se retrouver ici-bas". C'est extrait d'une lettre de poliu démoralisé, dont la prophétie s'est vraisemblablement réalisée. Le roman repose sur une solide documentation comme on dit, et de nombreuses missives de soldats dans la boue jusqu'aux genoux et dans les shrapnells jusqu'au thorax. Il se passe un drôle d'incident, où le capitaine flingue un de ses soldats pour abandon de poste, où le bidasse Maillart se fait engloutir sous la terre par un obus tombé trop près, se retrouve nez à nez avec une tête de cheval mort et enterré, se fait sauver par un camarade qui creuse, qui creuse et le délivre, mais en même temps se fait couper la moitié supérieure de la tête par un éclat d'obus.
        Donc, notre Maillard bien content d'avoir la vie sauve se retrouve immensément coupable d'avoir transformé la tête de son sauveur en gorge sans visage, qui ne peut plus se présenter à sa famille. Cette gueule-cassée s'appelle Edouard, et préfère encore passer pour mort, que de réapparaître dans sa riche famille sans visage du tout. Le sauvé recueille le sauveteur et le nourrit, puis envoie une lettre pour signaler son décès. Les liens que le survivant et le mutilé entretiennent deviennent lourds de culpabilité réciproque, et la guerre s'achève. Hélas, après la guerre, les familles veulent récupérer leur morts, ou ce qu'il en reste.     Les inhumations se passaient à la va-vite, sans point de repère sauf une croix souvent anonyme, "ici, un soldat", et le bombardement suivant renvoyait tout ça revalser dans les airs. Donc, après le 11 novembre, l'Etat et l'Etat-Major se trouvaient confrontés à une double tâche, dans un Nord-Est dévasté, sans communications ou presque. Il fallait démobiliser les soldats survivants, les renvoyer chez eux dans des trains bondés, irréguliers, dans un innommable bordel. Deuxième problème, les corps : ordre avait été donné de les rassembler dans des cimetières collectifs, les plus grands possible, les moins nombreux possibles. Cela impliquait d'innombrables exhumations pas très appétissantes, et des fortunes à gagner pour les fabriquants de cercueils et les entreprises de pompes funèbres.
        Or, notre soldat Maillard se voit contraint par son capitaine bien salaud de retrouver la tombe de son faux décédé, qui n'a plus figure humaine et même plus de figure du tout, car la soeur voudrait bien rapatrier le corps, non pas dans une vaste nécropole inhumaine, mais dans une tombe familiale, car les familles avaient le choix, à condition de laisser tout faire à l'Etat, autrement, vous voyez d'ici l'armada d'entreprises privées avec des pioches et des pelles, arpentant les champs de bataille avec leurs camionnettes ? Bon, où réside la tentation ? Dans le fait de restituer aux familles exigeantes un corps, n'importe lequel, souvent sans nom, souvent méconnaissable, de le fourguer dans un cercueil et de déclarer "Voilà votre mort", moyennant de fortes sommes - voir Le général de l'armée morte d'Ismaël Kadaré.
        Oe le soldat Maillard, témoin de ce qu'il n'aurait jamais dû voir, et transformé en coupable par un capitaine de noble famille et parfaitement dégueulasse, va se trouver mêlé à un scandale de plus en plus immense, et qui n'et pas dû seulement à l'imagination de l'auteur Pierre Lemaïtre : il exista juste après guerre un monstrueux trafic de restes humains, des grands entassés dans des cercueils trop petits mais facturés plus chers, des ossements répartis à la va comme je te pousse, des sommes qui circulent pour acheter les employés d'état civil ou des chauffeurs de corbillards improvisés. Maillard, qui envoya lui-même une lettre de faux décès, devient l'ami de la famille, doit entasser mensonge sur mensonge en esssayant de ne pas se recouper, doit aussi tenir compte du pauvre Edouard qui ne peut plus s'exprimer que par écrit, l'empêcher de se suicider, le renseigner sur ce que devient sa fiancée, en espérant qu'elle ne se marie pas.
      Macaron sur pourpre.JPG  Le capitaine assassin tient Albert Maillard par la barbichette, car il a découvert ce petit manège, fausse identité de mort, magouilles diverses - car notre soldat se débrouille à son tour dans la fraude à grande échelle, procure du luxe à son ami amoché (la patrie lui doit bien ça, et c'est tout de même lui qui a fait sortir Albert du trou d'obus). Et l'histoire continue, la prochaine guerre sera pour dans vingt ans, le récit est palpitant, les chairs pantelantes, les coeurs battant la chamade, et toute la sauce. C'est cynique, morbide, macabre, cruel, chaque héros cache un salaud et souvent vice-versa, "l'Etat glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants" comme il est dit en quatrième de couverture.
        
        Cela donne un ouvrage de plus de 500 pages, financier, social, psychologique, humoristique à pleurer, grotesque à hurler, à l'image des peinture d'Otto Dix ou de Grosz. Pas une longueur, pas d'intrigues alambiquées, la vérité vraie, dégoûtante encore plus que les corps purulents, une grande claque dans la gueule et la saloperie humaine une fois de plus à grande échelle. XXX 63 03 03 XXXLes vautours font ripaille, les

  • Agnès Martin-Lugand

        Aux dernières pages des "Gens heureux lisent et boivent du café", je lis d'atroces dialogues de roman-photo, effaré que deux femmes puissent avoir des procédés aussi ridicules pour s'envoyer un mec, y compris en Irlande. Elles rivalisent de tenues sexy, de regards étudiés, de répliques mordantes, tout ça pour s'envoyer un petit bout de viande. Elles sont largement aussi connes que les mecs inondés de parfums et nageant dans la mimique du gorille, regard conquérant, roulage de mécaniques. Nous ne serions donc que cela, femelles comprises. Avec tout le badigeon du sentiment. Et puis la Française revient à Paris (vous ne voudriez tout de même pas que ce soit Limoges ou Grenoble) et rouvre son café littéraire.
        Ce café s'intitule comme on peut s'y attendre Les gens heureux lisent et boivent du café. Très ingénieuse et insolente association de mots, suggérant l'aristocratie, la stimulation de l'esprit, le raffinement face aux balourds qui ne lisent pas. La librairie fait bar, et même, on a le droit d'y fumer. On retape toute la boutique, avec l'aide d'un certain Félix, pédé de service, très Pédale douce, avec un coeur à la Timsit et des embrassades aussi chastes qu'étouffantes. Le café parisien fête sa réouverture, donc il rouvre, et non pas "il réouvre", assassins de la langue française. Le téléphone sonne, et le livre s'arrête au moment donc où la vie reprend : qui est-ce, au téléphone ?
        Quel gland baveux se balance au loin, à l'autre bout du fil ? On appelle cela une "fin ouverte". N'oubliez pas, chers auditeurs et auditeur-e-s, féministes et féministesses, qu'un critique purement narrative ne saurait être que nulle. C'est souvent la seule que je puisse faire, en la tartinant de mon ton plaisant qui pue le thon. En effet, que dire ? Assassiner cette Agnès Martin-Lugand, rescapée de la Toile, plébiscitée par les "like", rattrapée par les éditions Michel Lafon et retapée pour être présentable ? une femme que j'envie ! qui écrit bien, alerte, rapide, pudique et distancée quand elle relate le deuil épouvantable de son héroïne ? En vérité je ne puis : ignorons de quels matériaux réels ou imaginaires elle a ficelé cette histoire touchante ou bouleversante ou poignante (par ordre croissant, bien chaud s'il vous plait) car "ça balance du lourd" comme dit l'homo serviable, homosexualis serviabilis. En effet, perdre son mari et sa fille dans un même accident de la route est atroce. Insurmontable. A ne plus se laver, à vider les paquets de clopes. Pleurer, boire et dormir. On verra si je m'y trouve si je parviendrai à en parler comme ça, dans l'élégance et le détachement. Ce livre est parcouru de l'amour de vivre. Entre le début et la fin, une fuite en Irlande (madame a les moyens), une grande économie de moyens, une langue légère, sans prétention, juste ce qu'il faut d'émotion, la découverte d'une région, d'un mec venu là par hasard, et puis on s'aime, on va sur les îles d'Aran ("Sors", lui répétait-il, "sors un peu"), on couche pour l'hygiène, c'est ce que le mari mort eût voulu, il est mort en paix en demandant "Survis pour notre fille", donc personne ne lui a dit qu'elle était déjà morte, le lecteur se sent le coeur piqué par une centaine d'épingles, et l'autrice n'en  pas fait des tonnes.
      Le gratte-pied.JPG  Tout restera étranger dans ce livre à quiconque n'a pas vécu ces situations atroces, ou n 'en a même pas entendu parler.  Mais rassurez-vous, puceaux de la mort, cela vous arrivera bien un jour, et d'un seul coup vous trouverez ce livre très méritoire, autobiographique ou non, pour avoir traité si élégamment d'un sujet si propice aux lourdeurs. Le café, la lecture, les relations du monde et non pas mondaines, étaient les béquilles éventuelles, sont devenues les étais et tuteurs indispensables pour se maintenir au-dessus du désastre. Un bon livre, un bon caoua, une bonne bite, et ça repart.  On appelle cela "résilience" ou "rebondissement". Il reste une vie à reconstruire.
        Rien n'est automatiquement gagné, mais rien n'est perdu non plus. Vous lirez donc avec attention, guettant peut-être vos battements de coeur, Les gens heureux lisent et boivent du café, titre-phrase, titre apophtegme, titre péremptoire, optimiste, réconfortant, tombe huit fois, relève-toi neuf refait à neuf. Nous vous proposons un échantillon, une ou deux semaines après le double décès, lorsque déjà l'entourage veut à tout prix vous sortir de là, maladroitement, tout en ayant raison - mais l'itinéraire de l'écrivaine sera plus personnel :
        "Une excursion dans le monde des vivants devenait inévitable, mes placards et mon        

    frigo étaient désespérément vides. Je n'y trouvais que des paquets de biscuits périmés - les goûters de Clara - et les bières de Colin. J'en pris une, la tournai dans tous les sens avant de me décider à la décapsuler. Je la sentis comme j'aurais respiré les effluves d'un grand cru. J'en bus une gorgée, et les souvenirs affluèrent." Laissons-là notre symbolique à deux balles.