Chers et adorables bambins et bines, copains et pines, citoyens et hyènes, oubliez dergrueneAffe, oubliez le singe vert, c'est à nouveau Collignon Bernard, alias Berlignon Connard, qui vous cause. Parce que pour récupérer les blogs antérieurs, je peux toujours m'astiquer. Voici un texte sur le Pro Milone de Cicéron, élitiste, car le latin ne sert à rien. La musique non plus, d'ailleurs. Prenez connaissance, et contactez-moi si vous voulez. 
Toujours le Pro Milone. Vieux compagnon de ma première agrég. Lu le passage des cortèges de femmes que je traduisais par troupeaux, au grand dam navré de l'examinateur. Cette histoire de cortèges qui se croisent et puis s'attaquent par la queue me plaisait bien. On la retrouve en particulier dans le film appelé Gandhi. Les roueries, les malonnêtetés de Cicéron aussi, qui tente de faire passer son client pour un ange. Sans trop y croire. Même chose pour Cælius. L'Antiquité me désarçonne toujours autant. Les raisonnements y sont retors, jusqu'au vicieux (voir à ce sujet les excellentes Tablettes d'Albucius, par Quignard) : là se trouvent mises à mal nos façons de penser, de juger, de condamner, devenues si naturelles, si « allant de soi ».
Chez Albucius, c'est toujours celui qui a le plus de torts, qui s'est montré le plus sombrement cruel, qui gagne ; et l'innocent, à notre sens contemporain, perd son procès. Les femmes ne votent pas, les esclaves non plus, et l'on prend les auspices, autrement dit l'on consulte le vol des oiseaux, avant les comices curiates. Tous les ans j'enfreignais les consignes inspectoriales, assénant des « cours de civilisation » à mes élèves, qui en redemandaient très bien. Vingt ou trente ans durant j'ai rabâché le Mallet-Isaac sur Rome. A présent cela s'estompe : comices centuriates, comices tributes – toujours est-il que la crise d'épilepsie, l'orage ou l'éternuement à gauche suspendaient les discussions, invalidaient les votes. Etranges réunions. ...[A]vec des mains ensanglantées – la note 1 précise que les élections prenaient ainsi le caractère d'un acte religieux. Les Romains vivaient à même les dieux.
Sur le plancher des dieux. Divinisant la politique. Sans cette sauce morale qui aujourd'hui pourrit tout. La morale, c'était de ne pas contrarier les dieux ; ce n'étaient pas les préjugés de l'opinion publique et des sondages. Cela tombait à mon avis beaucoup plus juste. ...étalant et avouant un crime et un forfait. Il y avait du moins du décalage, du jeu ; avec les pesants chrétiens, le ciel désormais coïncide avec l'imbécillité morale. Tout coincé. J'étouffe.
Ou bien le jésuitisme, l'accommodement avec le ciel, “en prendre et en laisser” : guère mieux. A Rome la politique était un jeu de vie et de mort. Cent ans de révolution. Imagine-t-on cela ? Cent ans de trahisons et de mots d'ordre personnels, et pour seul idéal, restaurer un passé imaginaire, largement idéalisé, fantasmé, de “purs républicains”. La Révolution française établissait l'avenir. Tout en rétablissant, comme de juste, l'homme d'avant, le Bon Sauvage. L'ordre n'est pas mon fait. Rien ne vaut le nourricier foutoir. J'explique, j'explique encore. A supposer qu'il existe un raisonnement juste, il est toujours le même, il n'y en a qu'un. Il démontrera toujours en dernière instance que nous ne sommes que poussière et qu'il ne vaut pas le coup de vivre. A moins qu'il ne démontre le contraire. Inutile de raisonner. Comme c'est peu croyable de sa part, mais comme c'est vraisemblable de la part de Clodius : ça m'étonnerait.
Cicéron transforme le coupable en innocent. Avocats, sophistes. Bonnbe égalité matématique. Et l'on ne se décide, in fine, qu'en fonction d'un mélange de bon sens et de circulations de lymphes. Le mot humain n'est qu'un élément du verbiage universel : cours des ruisseaux, musiques, oraisons de Bossuet. Branle du monde. “...qui se flattait de régner en maître dès que Milon aurait été tué ! Mais rien alors déjà ne pouvait sauver la République romaine. Mystère de l'évolution des régimes humains. L'opinion qui “bascule à droite”. Finkielkraut désormais plus plausible que Todd. A gauche, le plan. A droite, l'instinct. Ce ne sont pas les opinions qui basculent à droite, mais les circonstances.
A gauche on pense que tout s'arrangera... d'ici vingt ans. D'ici là, fleurissez, attentats ! ...Tant de statistiques et de raisonnements fumeux ! Enlevez-nos les attentats ; nous vous tiendrons quitte du reste. Et ceci encore, qui est le point capital : qui ne sait que le plus grand attrait du crime, c'est l'espoir de l'impunité ? Non, Cicéron : c'est désormais la gloire du martyre... (autre raisonnement de l'Antiquité : “Mais, chers jurés, mon client ne peut avoir tué sa fiancée : en effet, il l'aimait !” hahaha...) Or lequel des deux (Clodius ou Milon) a eu cet espoir ? (l'espoir de l'impunité) - réponse : les deux. Milon qui, aujourd'hui même, est accusé pour une action glorieuse ou du moins nécessaire ? C'est qu'il aurait eu bien fait de tuer pour un peu, le client de Cicéron !
Légitime défense ! Ah mais ! ...ou Clodius qui avait un tel mépris pour les tribunaux et les sanctions judiciaires qu'il ne trouvait aucun plaisir à ce qui est permis par la nature ou autorisé par les lois ? Une telle affirmation outrancière ne susciterait plus de nos jours que des haussements d'épaules. Nous savons bien aujourd'hui que l'homme est complexe, et qu'il ne suffit pas de le démolir à l'aide d'une belle consécutive (“à ce point d'audace (de folie) que...”). Mais à quoi bon raisonner, à quoi bon discuter davantage ? poursuit Cicéron. Assurément. L'avocat plaide. On l'appelle, en argot, “le baveux”. “A quoi bon parler ? Qu'est-ce qu'on veut que je dise ?
Le plus étonnant, c'est qu'il reste encore tant de pages, tant de §§, et que Cicéron ait encore tant de choses à dire : C'est à toi, Quintus Petilius, que je m'adresse, comme à un citoyen vertueux, à un homme de cœur – c'est toi, M(arcus) Caton, que j'appelle en témoignage - vous qu'une providence divine m'a donnés pour juges – et de loin, les informations. J'abandonne. Ou bien je me construis dans mon cerveau des phrases afin de conserver la maîtrise des penséesi. Ou bien je me concentre, détaillant mes gestes. Et je répète :”Ma vie fut très unie, très cohérente, fidèle à moi-même”. Cicéron le fut. Sincère défenseur de la République et du Sénat.
Sincèrement navré de la situation où Rome était tombée, avant la prise du pouvoir par Jules César. Nous parlons de violence ? Mais en - 52, tandis que César conquérait la Gaule et qu'un petit village de Gaulois etc., Rome était à feu et à sang, les bandes de Clodius ET les bandes de Milon se cassaient la gueule en pleine ville et à la campagne, non pour des convictions politiques, mais pour des raisons claniques : il y avait d'un côté la bande à Clodius, avec ses mercenaires grassement payés, et la bande à Milon, avec ses mercenaires non moins grassement payés. On persuadait les mercenaires et ceux qui les suivaient, bêêêe, bêêêe, de quelques grands discours sur la justice, la liberté ou autres faridondaines, et tous de

se foutre sur la gueule en incendiant maisons, palais et bâtiments publics.
ce tableau, Nu pensif, est d'Anne Jalevski, incapable de se soumettre à l 'arrogance ignare des circuits dits artistiques.