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Matin sombre



    Ce que je vois. Ce que je sens. Un matin sombre, où l'écran plus que la fenêtre m'éclaire, blafard dedans, sombre au dehors. C'est une pluie de ciel bouché, avec un bruit de gouttière qui s'écoule en gerbe au bout du chéneau. A l'intérieur, des masses se détachent : un gros livre sur le bureau, dont j'ai recouvert la couverture par un minutier : c'est, pour moi, une feuille pliée en quatre où figurent, plus où moins encadrées, les activités que j'ai faites, avec leur début et leur fin exprimés en minutes. C'est le moyen le plus adapté que j'aie trouvé pour obtenir ma liberté dans mon propre cadre. Ce livre presse le coin d'un mouchoir douteux, plié en quatre lui aussi, mais dont un angle se redresse, frippé, contre un téléphone que l'on devine.
  Les sarcophages verticaux.JPG  Dans le coin formé par le livre et le mouchoir, où je ne me mouche plus jamais, reluit un étrange scarabée en forme de gélule, noir et lisse, dont le reflet de la fenêtre au-dessus lisère de blanc. C'est la forme la plus sensuelle de mon bureau. Ce téléphone portable fut conçu par un designer de chez Samsung pour tenir bien dans la main, sans tenir compte du fait que je le laisserais souvent tomber, comme une savonnette justement. Poursuivons, de la gauche vers la droite. Mentionner seulement le grand écran, plat, sur fond bleu gris, où s'inscrivent mes caractères dans un rectangle déroulant. Une bande en haut, barre de ceci, barre de cela, une bande en bas, sept icônes sur fond gris, puis sur fond vert.
    A travers tout le bureau, à losange crooisés, ce petit fil souple et nor qui me relie à ces mécanismes tout simples : grâce à lui, mon clavier fonctionne. Se reporter aux descriptions antérieures. Croyez-vous qu'il y ait tant de secrets sur un plan de travail d'où je chasse régulièrement tout le superflu ? Sauf ce demi petit chat gris en plâtre, gisant tête en bas vers moi, à plat sur le bras. Gardien de la poussière qui au-delà du cul le borde. Vous connaissez aussi cette kaaba Thrustmaster, avec son pantalon à pont, sa rangée de boutons noirs en bas, qui règlent qui les basses qui les aiguës qui le velouté ou Dieu sait quoi. Accessoire indispensable à la réception auditive, alors que déjà deux autres haut-parleurs dissimulés derrière l'écran seraient bien suffisnts à nous assourdir.
    A droite de mon coude droit, tout se complexifié : un autre fil qui luit oar dessus, une imprimante aussi noire que le reste, "SAMSUNG" évidemment, qui marche à sa fantaisie. Il faut beaucoup de ruse pour maîtriser ces engins, une sorte de raisonnemebnt qui confine à la ruse, une autre partie du cerveau à exploiter. Je vois qussi des feuilles blanches, piées en quatre, à l'envers, qui ont bougé : cette vision s'opère aussi dans le temps, cette page possède ses interruptions, seules sont restées en place, dans ce secteur, les deux feuilles concaves glissées dans la bouche d'impression, cette prise multiple si décriée mais utile, ces lueurs qui ont changé de place sur l'imprimante noire.
    
    Nous espérons un jour ou l'autre retrouver ces autres garanties d'existence, le chéquier, le mince portefeuille abritant chéquier, carte bleue, tous ces acessoires que d'autres, en 2200, auront depuis longtemps remplacées. Nous n'aurons plus de stylos peut-être, de ces horreurs longues, jaune ou bleue, nous n'aurons plus de sourir, avec leur oeil bleu , leur chrome automobilistique et leur mollette clitoridienne. Un papier déchiré porte à son verso "la médamer", "je ne comprends pas" dans une langue caucasienne ou indienne - vérifiation faite, ce n'est pas le bon fragment. Le bon morceau de billet, je l'ai jeté. Tout en dessous, mon bulletin de paye, aux rubriques non pas rouges... mais bleues.

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