Conques-en-Rouergue
Conques-en-Rouergue est très exactement l'illustration de la prostitution touristique : ses habitants jouissent en effet d'un bon niveau de vie grâce au prix de leurs restaurants et de leurs glaces, de leur parking extérieur, et de l'abaissement leur patrimoine artistique, souillé par les élucubrations d'un vieillard égrotant, j'ai nommé Pierre Soulages, peintre jadis extraordinaire muté en vitrailleur de palissades ; il a désormais son musée à Rodès, et régnera quelques siècles encore : en effet, les impostures ont la vie dure. Cette carte longiligne fut achetée dans la préfecture de l'Aveyron, d'où il est impossible de faire l'aller-retour en autocar dans la même journée, ce qui contraint soit à l'automobile, soit à la nuit coup-de-bambou à l'hostellerie.
Voilà qui est vicieux, et marketing en diable. Notre illustration est de 23 SUR 9 cm. Cette surface est partagée par une diagonale irrégulière, mordant d'1cm 1/2 sur la longueur du haut et d'une distance équivalente sur la larguer de droite, en bas. Les trois flèches de l'abbatiale de Conques (prononcer «Conches ») mordent sur la verdure : les petits arbres clairsemés du versant nord, inhabité, quelque peu pelé, à peu près verdoyant. Ces magnifiques bâtiments sont aux deux tiers de la longueur, un peu plus vers le bas que vers le haut : les règles de la prise de vue sont excellemment appliquées. L'abbatiale, maintes fois décrite, forme un ensemble de pierres blondes et de toits d'ardoise (nef, chœur et transept bien identifiables en perspective cavalière), et Dieu merci n'exhibe aucune des verrières de buanderie dont l'ex-artiste cité plus haut s'est efforcé de la saloper : en effet, les abat-sons ne présentent plus aucun de ces fac-similés de planchers vitreux.
D'autres maisons, vues par le toit, occupent le coin gauche, cernées ou infiltrées de verdure vive. L'une des façades présente un colombage, un toit pousse son gros gland gris qui vaut bien le gros sexe brun décrit par Miss Deforges, pignons et gouttières s'encastrant harmonieusement les uns dans les autres, sans pesanteur, avec une parfaite authenticité. Nul Office du Tourisme n'a éprouvé le besoin de les retoucher, de les moderniser – de les « améliorer ». Elles sont très bien au naturel. Tout en bas à gauche, une ingénieuse et brève oblique de petite route d'accès ou de contournement. Nous décelons aussi, au coin supérieur gauche, un triangle de lointaine canopée verte, progressivement élargi vers la droite, décliné en volants d'éventail ou de coquillage tournant ; le clocher, les deux tours du portail y fichent leurs sobres pyramides. Au pied de ce monument de profonde piété s'étale une officine invisible d'ici, où les souvenirs, babioles d'Eglise et cartes postales, se vendent à des prix parfaitement accessibles aux budgets de Hollande ou d'Anglo-Saxonie.
L'agglomération se poursuit dans un autre triangle de toits, tout aussi typiques, dans le coin droit du bas. Ainsi soit-il.